lundi 10 mars 2014

Coup de coeur: La Panthère de Cartier nous envoûte le 15 mars prochain.

  Cette nouvelle vous aura peut-être échappé mais n'aura pas laissé la blogosphère indifférente: ce samedi 15 mars, Cartier nous dévoilera son nouveau grand féminin: La Panthère.  
   
   Celle qui symbolise depuis longtemps l'univers du joaillier à travers ses montres et ses bijoux, avait déja inspiré un parfum, Panthère, dans les années 80, aujourd'hui disparu, avant d'illustrer un superbe film publicitaire voici deux ans. Le félin mythique nous revient cette année à travers La Panthère, une fragrance composée par Mathilde Laurent, qui a usé de toute la finesse de sa patte créative pour exprimer la féminité, la sensualité et le "racé" de cet animal dans un flacon. 

  Vous l'aurez peut-être déja lu ici et là sur les blogs, mais  le sillage de La Panthère est saisissant en ce qu'il procure vraiment cette sensation d'un félin ondoyant qui rôde, vient, s'éloigne et revient inlassablement. Tel un jeu de cache-cache, le parfum semble apparaître et réapparaître par vagues, à pas feutrés mais bien présents, avec l'agilité d'un chat.

    Les premières volutes révèlent d'emblée un sillage chic et raffiné, propulsé par le montant des aldéhydes aux nuances métalliques presque sanguines, arrondies du velouté d'une pêche et de la robe dorée d'un abricot sec. Loin de tout effet alimentaire, cette première envolée fruitée se fait subtile et délicate,  tandis que se dessine doucement le contour d'un gardénia en filigrane. 
   Ici les fleurs blanches ne sont pas solaires et exotiques, on serait plutôt dans la féminité charnelle du pétale et de sa texture duveteuse. Les notes chyprées du patchouli et de la mousse de chêne tireraient même plus le gardénia vers ses racines végétales, nuancées toutefois de la clarté et de la lumière de la fleur. Je décèle aussi une rose en arrière-plan, sans savoir si c'est c'est une impression ou si elle est réellement présente dans la composition: comme le gardénia, on distingue l'ombre ou la silhouette mais pas vraiment l'image. Tout au long de son évolution, le parfum va jouer des contrastes,  des fruits teintés de suc à la structure altière du chypre floral, et se faire mystérieux en multipliant des effets de matières tactiles mais insaisissables. Le fond va enfin s'alanguir dans un velours musqué et chaud, quelque part entre douceur et élégance. 


 Tout en mêlant le patchouli aux fruits jaunes,  cette composition ne tombe jamais dans l'écueil du"patchoufruit" (à la fameuse recette de patchouli et fruits sucraillons  sur lit -géant- de caramel).  La Panthère redonne ici au néo-chypre ses lettres de noblesse.  Elle se fait très Femme en se parant des codes d'un chypre à l'ancienne,  tout en les ciselant d'une luminosité éthérée qui apporte une vraie modernité au propos. Tour à tour habillés et indomptés, ses effluves conjuguent la plénitude sensuelle et fauve des muscs cétones à l'aura sophistiquée et couture d'un grand classique.  



lundi 6 janvier 2014

Nouvelle année, nouvelles matières.....

    Bonne année à tous!  

  Chers lecteurs, comme vous l'avez peut être remarqué, voici quelques semaines que je me suis absentée de mon blog.  En effet ces derniers mois se sont révélés chargés, en raison notamment de mon activité sur Osmoz, où vous pourrez me suivre fréquemment dorénavant. 
   Voici d'ailleurs quelques liens vers mes derniers articles ou dossiers sur ce site qui s'est refait une beauté tout récemment. 
      
    Mais qui dit nouvelle année dit nouvelles résolutions dont celle de revenir plus souvent ici user de ma plume pour vous parler coup de cœurs olfactifs.

  Pour se glisser dans cette année toute neuve en douceur, j ai choisi d'évoquer le travail  d'un sourceur, Stéphane Piquart, dont l'activité consiste en la quête de nouvelles matières premières,  dans le respect de l'écologie, des peuples qui récoltent les plantes,  en quelques mots plus en accord avec notre planète. Vous avez d'ailleurs peut être entendu parler de son travail et de sa société, Behave, à l'occasion de l'événement donné en son honneur le 14 décembre dernier chez Liquides. Sa démarche est celle de découvrir des matériaux et des essences plus durables et pérennes, du santal replanté en Australie à la myrrhe de Namibie en passant par cette cire odorante d'un arbuste, le Bushmen Candle. 

   Parmi les variétés issues de ces recherches, celle qui m'a le plus marquée est la Vanille Verte de Sava, une région située au nord de Madgascar.
   L'absolu de vanille noire résulte entre autres d'une phase de séchage dont se trouve dépourvue la vanille verte. Cette dernière perd ainsi ses inflexions animales et cuirées pour se faire légèrement plus végétale mais aussi plus gourmande puisque la vaniline ressort plus nettement, tout en restant légère de texture. Une vanille plus innocente, plus aérienne en quelque sorte. Personnellement, j'ai une préférence pour l'absolu de vanille noire, (telle qu'on la connaît), pour la richesse de ses nuances et facettes, mais cette lumière nouvelle sur cette matière n'en reste pas moins intéressante et ouvre, sans doute,  de nouvelles voies dans la composition de parfums.

 
 On la retrouve aujourd'hui dans deux créations de Flair,  l'Accord Vanille et Osmanthus de Lostmarch mais aussi dans  Yapana de Volnay, une ancienne maison fraîchement relancée par les descendants de sa fondatrice, Germaine Madeline Duval.
   Si elle se  marie aux accents verts et thés de l'Osmanthus pour Lostmarch',  elle prête ses rondeurs vaporeuses aux notes de fond de Yapana, un floral oriental épicé  sur fond boisé et baumé.


   
Ouvrons donc l'oeil et le nez cette année sur les créations à venir, peut-être la rencontrerons nous à nouveau au fil des lancements qui ponctueront 2014...

  

mercredi 9 octobre 2013

Joy Forever de Jean Patou: coup d'éclat au "parfum le plus cher au monde"?

      Si Patou est une des maisons de couturiers qui s'est illustrée dans les beaux jours de la Parfumerie du début du XXème siècle, (Joy, Vacances, Colony, Moment Suprême), elle pourrait presque aujourd'hui se targuer de faire partie des marques de "niche" tant son rayonnement est devenu confidentiel.  Non  qu'elle soit tombée en désuétude, ses parfums continuent de vivre et d'être achetés par une clientèle fidèle, mais en privilégiant une adresse unique dans Paris, une discrétion de communication et une gamme qui ne cède pas aux dicktats du marketing,  elle se rapproche plus aujourd'hui des codes de ce qu'on appelle la Haute Parfumerie que de ceux du mainstream. 

    Devenue, notamment,  célèbre grâce à Joy, un floral composé d'une très belle qualité d'essence de rose et de jasmin, alors excessivement coûteux à produire,  (le "parfum le plus cher au monde") offert à ses clientes américaines ruinées comme un pied de nez à la crise de 1929, la marque Patou fait  aujourd'hui un clin d'oeil à cette situation en lançant un flanker de son best-seller, Joy Forever,  en pleine période de crise économique également. 



 J'ai trouvé ce parallèle intéressant, ainsi que la fragrance en elle-même, puisqu'elle m'a semblée totalement inscrite dans l'esprit de la maison,  contemporaine, sans verser dans le rajeunissement à tout prix. Exit, donc, la vaniline, l'éthyl maltol (caramel)  et les fruits rouges pour capter une nouvelle clientèle. 
  Ici, pour  esquisser ce que serait une version "moderne" du beau et grand classique Joy, Thomas Fontaine, le parfumeur qui a repris les rênes de la maison Patou, apporte de la fraicheur au traditionnel accord floral en lui greffant quelques notes de mandarine et de pêche,  ciselant une sensation duveteuse et lumineuse à l'envolée du parfum. Cette lumière s'épanouit en coeur avec la rondeur ingénue de la fleur d'oranger et le poudré de l'iris, mariés à la rose et au jasmin, (l'adn de Joy). Ce bouquet floral, à la fois dense et aérien, comme un lien entre la profondeur de l'original et les codes actuels de notre époque, évolue en se fondant dans le santal, d'ailleurs assez présent sur ma peau. 



   Au final, comme Juliette de Poivre Bleu, je trouve une petite touche années 80 à Joy Forever,  dans le bon sens du terme, en raison d'un certain classicisme, (revendiqué d'ailleurs, la clientèle visée est certes plus jeune, mais qu'il s'agisse du prix ou du style on ne s'adresse pas non plus à une jeune fille): un coeur floral sur un fond boisé crémeux, relevé de cette petite touche de pêche en tête qui a marqué certaines créations de ces années là. Mais tout en restant plus "léger", épuré, sans l'effet "épaulette" - qui personnellement ne me déplait pas - mais pouvant dater un parfum au "nez" de certains. Joy Forever pourrait être le parfum de cette femme à l'allure  romantique, féminine, raffinée, à l'image de l'esprit Patou, dont l'élégance et la qualité ont fondé la réputation. 



(Disponible courant octobre 2013 à la boutique Patou). 



lundi 9 septembre 2013

Lys Epona: une collaboration exceptionnelle pour une création très originale


        Depuis près d'un an se murmurait sur les forums de perfumistas la rumeur d'une collaboration entre une aficionados du forum et  la boutique Jovoy. Travailler au sein de cette boutique dédiée à l'univers des parfums de niche depuis plusieurs mois maintenant m'a donné l'opportunité de suivre ce projet de près. 

    C'est au détour d'une discussion entre celle dont l'anonymat n'est plus de mise, Annabelle, alias Cymoril,  et l'équipe de Jovoy qu'est né ce projet. A l'origine, une vision olfactive d'Annabelle: l'image d'une jeune femme, un bouquet de lys dans les bras croisant un cavalier de l'Ecole Militaire, à Paris, par une  journée d'été, où les effluves se trouvent souvent amplifiés par la chaleur. C'est la rencontre de l'odeur charnelle et lactée des fleurs blanches et celle, animale de la peau d'un cheval (crins, cuir, écurie...) qui a suscité l'envie de retranscrire ce moment en parfum. Au point de proposer à Amélie Bourgeois (parfumeuse chez FLAIR) de travailler sur ce "brief",  à qui l'idée parlerait à coup sûr, puisqu'elle est elle-même cavalière. Mais je vous invite à parcourir le blog de la muse de ce parfum, Lys Epona, pour en suivre la genèse. 

      Au cours de ces derniers mois, j'ai pu observer la fabrication totalement à l'ancienne de cette fragrance: mise en flacon, pose des étiquettes, le tout fait main, un vrai travail artisanal. Pour servir le propos du parfum, un lot d'une centaine de flacons art déco a été retrouvé par un antiquaire, tous emballés dans du papier journal d'époque.... où l'on peut suivre le résultat des courses hippiques. La boucle était donc bouclée. Au-delà de l'essence même du parfum, cette création pourra certainement séduire les collectionneurs et autres amateurs d'art, puisqu'il s'agit d'un projet limité: seuls cent flacons ont été mis en vente. 
        Mais assez parlé du contenant, venons à la fragrance elle-même.  La rencontre d'un bouquet de lys et d'un cavalier se matérialise dans un parfum floral cuiré. L'envolée verte, solaire et sensuelle de la tubéreuse embrasse le côté sombre du cuir: dès les notes de tête, le décor est posé. Si je perçois de prime abord plus une tubéreuse qu'un lys, peu à peu cela se mue en un bouquet de fleurs blanches, dont le jasmin vient apporter ses notes indolées aux facettes animales du cuir. En filigrane se dessine un aspect foin, probablement dû à la présence de narcisse dans la composition, qui se mêle au cuir pour rappeler l'univers "équestre"de la fragrance : on se figure l'écurie, les naseaux du cheval, l'odeur de la crinière, l'arnachement. En fond, le musc vient souligner les tonalités animales du labdanum, incontournable dans ce parfum puisqu'il apporte aussi cette  facette cuirée.


     Une création totalement unique en son genre,  qui a donné vie à un fantasme olfactif à découvrir d'urgence, que vous soyez amateur de parfums audacieux, collectionneur invétéré, ou simple curieux d'effluves aux émotions plus personnelles, loin des clichés en bouteille que l'on retrouve partout sur les étagères des Sephora. 




lundi 1 juillet 2013

White Zagora, petit coup de coeur parmi les nouvelles Colognes de The Different Company

   The Different Company vient d'ajouter 3 nouvelles "Colognes" à sa collection lancée l'année dernière (Sienne d'Hiver, Tokyo Bloom, Limon Do Cordoza et  After Midnight).   C'est Emile Coppermann qui a, une nouvelle fois, signé cette collaboration avec la marque, toujours dans l'esprit de proposer des fragrances d'allure légère mais à l'évolution plus complexe qu'une cologne au sens traditionnel du terme. 

    C'est ainsi que Kâshân Rose, South Bay et White Zagara ont vu le jour, trois parfums créés respectivement autour d'une rose à la fois fraîche, fruitée et boisée, autour d'un pamplemousse sur lit boisé, et d'une fleur d'oranger aussi bien fraîche que lascive.

   De ces trois nouvelles fragrances, celle qui m'a le plus séduite est White Zagara, qui réconcilie  l'effet de fraîcheur d'une cologne avec la sensualité d'un accord floral blanc et épicé.  Cette dualité évoque celle de cet oasis éponyme, entre luxuriance et abondance, contrastant avec le début du désert où elle se trouve située.


 N'étant pas une adepte des colognes aux notes d'agrumes fraîches et pétillantes, je me suis pourtant laissée surprendre par l'agréable envolée désaltérante de White Zagora, légèrement citronnée mais surtout fleurie, où le néroli apporte ses tonalités plus innocentes que l'absolu de fleur d'oranger. D'ailleurs si l'on a cherché avec cette collection à détourner la cologne de sa structure classique avec une complexité cachée derrière une apparente simplicité, on remarque que c'est ici le néroli qui caractérise le départ de ce parfum, comme un rappel aux codes du genre, puisque le néroli, associé aux agrumes, est une note emblématique de la cologne.

  C'est bientôt la fleur d'oranger qui se glisse au coeur de la composition, dévoilant ses notes charnelles, miellées et solaires. Même s'il n'est pas listé dans la pyramide officielle, il me semble déceler du jasmin, qui associé aux baies roses, évoquerait un peu les effluves sensuels  fleuris épicés de Fleurs d'Orangers de Serge Lutens, mais qui auraient été ici comme plongés dans un bain de fraîcheur plus estival. Si la tubéreuse vient se joindre à la rondeur de ce bouquet de fleurs blanches, les accents verts et  abricotés de l'osmanthus ajoutent quant à eux un brin d'espièglerie et de candeur à la composition.

   Le parfum s'étire sur un fond plus ambré et musqué, mais sec, minéral, dans l'idée d'évoquer le désert qui jouxte l'oasis marocaine,  source d'inspiration du parfum. C'est d'ailleurs pour cette raison que le choix de la note majeure  s'est ici tourné vers la fleur d'oranger,  matière s'il en est emblématique du Maroc, et qui sait se faire aussi bien fraîche que sensuelle et féminine, or c'est justement ce qu'Emilie Coppermann souhaitait transmettre dans ce parfum: un sentiment de légèreté sans être dénué de volupté pour autant.







mercredi 12 juin 2013

Iris Nazarena, ou quand l’iris passe à travers le prisme d’Aedes de Venustas.

Depuis quelques jours à peine,  Iris Nazarena, le deuxième parfum d’Aedes de Venustas, se dévoile en exclusivité  chez Jovoy aux curieux qui souhaiteraient le découvrir.



  Cette boutique de parfums new-yorkaise au décor baroque, prisée des perfumistas outre atlantique, avait déja séduit la blogosphère avec son premier opus  et ses notes excentriques de rhubarbe, sur fond boisé parsemé d’encens, où s’exprimait la patte créative de Bertrand Duchaufour.

  C’est Ralph Schwieger, (Lipstick Rose, L’Eau des Merveilles, Orange Sanguine) qui a composé cette deuxième fragrance, où l’on retrouve la trame d’encens qui pourrait bien être la signature d’Aedes de Venustas - le parfum éponyme chez L’Artisan Parfumeur tournait déja autour de cette note.

  Mais c’est l’iris et ses multiples tonalités qui tiennent le premier rôle, notamment une variété méconnue jusqu’ici: l’iris Nazarena. Bien que ce soit le rizhôme qu’on utilise pour le beurre d’iris, Ralph Schwieger a imaginé l’odeur de cette fleur particulière, qui, telle une muse, l’a inspiré: la beauté de ses pétales teintés de brun et de pourpre, comme autant de visages différents de l’iris. 


 

Centré autour de cet accord iris encens, deux matières puissantes, cet Iris Nazarena, les réunit pourtant dans un effet de clarté et de transparence dénué de lourdeur.


 C’est d’abord la facette râpeuse des accents carotte de l’iris que vous souffle la première bouffée du parfum, avant qu’elle ne s’enroule dans les volutes un peu “foin” du maté. Si c’est dans une évolution boisée et fumée que va se fondre la composition, on perçoit en arrière plan un nuage d’ambrette qui vient souligner les facettes florales un peu “grasses” et légèrement “whisky” de l’iris.  

  Le parfum s’épanouit ensuite dans les inflexions boisées de l’iris, où s’entremêlent le patchouli et le vétiver dans une étreinte presque fumée où domine l’encens. Une touche de cuir et de bois de oud, (plus suggéré ici à mon nez que réel), en fond, achèvent de mener la composition vers un univers plus sombre, aux confins du genre oriental.
  


lundi 27 mai 2013

Chanel N°5: de l'abstrait à l'Extrait.

   Fin mai l'an dernier, nous nous envolions avec Thierry d'Olfactorum, (grâce à l'équipe Chanel)  pour Grasse, direction la cueillette de la rose de mai, celle que l'on trouve encore dans l'extrait du N°5. 

  Une année s'écoule tout juste alors que ce parfum mythique est à l'honneur dans le cadre de l'exposition Culture Chanel au Palais de Tokyo, qui met en valeur les différentes influences artistiques qui ont jalonné la vie de Gabrielle Chanel, jusqu'à en imprégner naturellement l'univers du N°5.

   Cocteau bien sûr, mais aussi Stravinsky, Misia Sert, Serge Dhiagilev, Boy Capel (son amant et grand amour), en passant par Picasso ou les protagonistes de Dada,  autant de noms qui firent l'émulation créatrice de cette sphère artistique dans laquelle s'épanouissait Coco Chanel et que vous retrouverez en vous rendant au Palais de Tokyo.  Cubisme, art abstrait, surréalisme, un contexte très avant-gardiste qu'il est amusant de (re) découvrir en parcourant la vie de Chanel à travers cette expo. Mais vous pourrez aussi sentir à l'étage des matières premières emblématiques du N°5:  bergamote, santal, vanille, yang-ylang, aldehydes, la rose et le jasmin.




   La rose et le jasmin, justement parlons-en. Deux matières qui sont encore cultivées à Grasse pour l'extrait du N°5.  Le Jasmin Grandiflorum, qui y fait l'objet d'une culture spécifique depuis plusieurs siècles, mais dont la production concerne aujourd'hui une infime partie de l'industrie du parfum, et la Rose Centifolia, relativement délaissée de nos jours au profit de la Rose Damascena (rose bulgare, rose turque), mais dont la culture subsiste actuellement à Grasse, principalement pour l'extrait du N°5.


 C'est à la cueillette de cette rose veloutée à l'odeur ronde et miellée, un peu épicée, voire parfois cireuse avec quelques accents artichauds,  et dont les effluves embaumaient alors que nous n'étions même pas encore arrivés au champ, que nous avons pu assister à la fin du mois de mai l'an dernier.

 
   C'est à une structure agricole petite et familiale qu'a confié Chanel la culture de sa rose de mai. En effet, au cours des années 80, pressentant le tour très industriel qu'allait prendre la production de matières premières, risquant d'entrainer la disparition d'un certain savoir-faire artisanal, Chanel a choisi de travailler avec des agriculteurs indépendants qui connaissent parfaitement leur métier, afin de privilégier la qualité. C'est donc dans une atmosphère conviviale, dirigés par la famille d'agriculteurs de la famille Mul, dans un champ où les cueilleuses ramassent jusqu'à 2000 fleurs par heure, que nous avons assisté au déroulement de la cueillette de cette fleur mythique.


   Ici, tout se passe à la fin du mois de mai, apogée de l'épanouissement de cette fleur. C'est dès le matin et ce jusqu'à midi, que l'on recueille la rose, avant que la soleil n'en modifie l'odeur par sa chaleur.  C'est d'ailleurs pour cela qu'une fois cueillis et remplis les sacs doivent être acheminés rapidement vers la distillerie pour le processus d'extraction aux solvants volatils, plus précisément ici à l'hexane, afin d'obtenir le fameux absolu de rose.



       Ces sacs de petites roses, pâles et fragiles, (assez différentes de la rose bien ronde qu'on a l'habitude d'observer dans un bouquet), se déversent dans des cuves remplies d'hexane, avant de pouvoir en séparer la concrete qu'on lave ensuite à l'alcool, pour enlever les cires et produire ce qu'on appelle l'absolu. (Rappelons qu'il faut environ 400 kilos de rose pour produire 600 grammes d'absolu).


    L'absolu de rose de mai, assez différent olfactivement de l'essence de rose de Damas, est aux côtés du jasmin, ce qui apporte la richesse particulière de l'extrait du N°5. A découvrir pour ceux qui ne connaîtraient que l'eau de toilette ou l'eau de parfum.