vendredi 29 août 2014

Les parfums Le Galion font leur come-back !

     Comme vous l'avez sûrement lu ici et , la maison Le Galion revient sur le devant de la scène.  Celle qui fût célèbre jusque dans les années 60, vît le jour sous la houlette du parfumeur Paul Vacher (à qui l'on doit entre autres Arpège de Lanvin et, plus tard, le fameux Miss Dior). Brumes, Bourrasques ou Snob furent autant de noms qui ont peuplé le passé prestigieux de la belle endormie, qui prît son envol dès 1936, avec Sortilège, un floral aldehydé qui reste sans doute le plus connu de la maison, encore des décennies plus tard. 

 
 Tombée en désuétude dans les années 80, cette marque renaît aujourd'hui de ses cendres grâce à la curiosité de Nicolas Chabot, qui s'est pris de passion pour son histoire. Dans un contexte où les griffes anciennes ne cessent de refleurir, pour s'imposer sur le marché dit de la "Haute Parfumerie" (à plus ou moins bon escient d'ailleurs),  sa ténacité à mettre tout en oeuvre pour faire revivre Le Galion semble tout à fait légitime, surtout pour une maison dont la preuve de l'existence d'un passé glorieux n'est plus à faire.

   Parmi les 9 fragrances ressuscitées, on trouvera une Tubéreuse délicate et fraîche, un Iris aux résonances légèrement fruitées, un 222 très boisé et épicé, un Sortilège poudré, fleuri, aux effluves amandés (mimosa) et au coeur traditionnellement composé de rose, d'ylang-ylang et de jasmin, mais surtout une certaine Eau Noble et un Spécial Gentleman qui ont plus particulièrement retenu mon attention.

   Patrice sur son blog Musque-Moi a déja dit tout le bien qu'il pensait de cette Eau Noble, et on ne peut qu'aller dans son sens: cette fragrance de facture plutôt classique dans la veine d'une Eau Sauvage est d'un chic emprunt de sobriété et de bon goût. Une envolée un peu cologne, aux notes hespéridées (citron, mandarine, bergamote), soutenues du vert du galbanum et des traits aromatiques de la lavande, qui va se complexifier à mesure que s'installe la sauge sclarée au coeur du parfum et que se dessine un fond chypré (mousse de chêne, patchouli) aux effets presque cuirés. L'élégance se résume souvent à une apparente simplicité...


Special for Gentlemen m'a également séduite, peut-être parce que son registre olfactif vient flatter mes goûts personnels: un ambré à l'ouverture hespéridée et aromatique, un côté un peu fougère qui s'alanguit dans les baumes: une création qui fait un clin d'oeil à Jicky à mon nez, voire pourquoi pas à un Mouchoir de Monsieur (Guerlain).  Bergamote et lavande en tête, géranium en coeur, arrondi des facettes balsamiques de la cannelle: le tout s'enroule dans le labdanum et la vanille, sans oublier une pointe de castoreum pour apporter un peu de velouté et de richesse animale à la composition. Une composition au sillage puissant qui pourrait bien plaire aux amateurs du genre...

  D'autres fragrances complètent ce lancement: Whip, Snob, Rose... Mais je vous laisse découvrir tout ça par vous-même, chez Jovoy ou chez Colette.




dimanche 10 août 2014

Parfums Profumum Roma: un peu d'Italie dans nos flacons (en ce pluvieux mois d'août parisien...)

    La marque italienne Profumum Roma fait son nid, doucement mais sûrement,  dans le paysage de la niche française. C'est pourquoi j'avais envie aujourd'hui de revenir plus en détails sur cette maison, à découvrir (ou  redécouvrir)  à la Scent Room du Printemps Haussman.


  Sa gamme riche en fragrances gourmandes m'avait d'abord fait passer mon chemin sans m'y attarder plus que cela.  Néanmoins au fil des mois, j'ai appréhendé la gamme plus attentivement et plus d'une fragrance a retenu mon attention. Comme je l'avais déja écrit ici, Arso est un parfum qui mérite le détour,  dans le genre résineux, boisé et cuiré. Comme Poivre Bleu, Suavissima m'a rapidement séduite, avec sa grâce toute féminine, son poudré à souhait, son coeur teinté de fleurs blanches, son fond baumé. Un Teint de Neige de Villoresi qui aurait croisé un N°22 de Chanel en quelque sorte, c'est du moins la vision que j'en ai. Quant à Acqua Di Sale, c'est sans doute l'une des fragrances qui dépeint le mieux l'ambiance solaire d'une promenade en bord de mer.

  Parfums hyper concentrés, sillage hors-normes, tenue irréprochable... Des qualités, la marque Profumum Roma n'en manque pas. La gourmandise de certaines de ses fragrances y est  abordée d'une manière bien plus réjouissante que le font les jus qui inondent régulièrement les linéaires des parfumeries. Point de patchoufruit, un peu d'éthyl maltol mais sans excès. Ici le gustatif est là pour servir un souvenir,  des moments de vie, et se fait le plus souvent assez réaliste dans ses évocations. Ce n'est pas forcément mon registre,  mais le travail est joli et nous emmène sur d'autres territoires que les sempiternerls bonbons haribo. Ici c'est l'esprit d'un dessert iconique de l'Italie que l'on retrouve, là une fleur d'oranger délicatement chocolatée...

   J'adore la vanille mais je la préfère généralement associée aux bois, aux notes poudrées ou liquoreuses, plutôt qu'aux notes sucrées. Pourtant je trouve Dulcis in Fundo jubilatoire et assez craquant dans son style. Hymne à ce dessert emblématique de l'Italie, ce parfum s'articule autour d'un axe assez simple: une envolée hespéridée (mandarine, citron) sur un fond très vanillé. Il me semble  également y déceler du néroli, tout comme la vanille a probablement été poussée dans ses atours gourmands par la vaniline, l'éthylvaniline, voire une touche légère d'éthylmaltol. Pour autant je trouve ce parfum bien moins cheap ou écoeurant que nombre de sucreries que l'on trouve sur le marché. Peut-être parce qu'il évoque une vraie pâtisserie, jusque dans sa texture, à tel point qu'on la sensation très réaliste de sentir un gâteau qui sort du four, avec tantôt l'image d'une madeleine citronnée, ou d'une vanille légèrement brûlée et caramélisée. Loin des bonbons et autres arômes alimentaires dont s'inspire la parfumerie mainstream.  Si je devais m'aventurer sur le terrain régressif d'une gourmandise totalement assumée, c'est sans doute l'un de ceux que je choisirais.

 
 La collection de Profumum Roma s'est dernièrement enrichie d'une nouveauté, Sorriso, qui fait elle aussi la part belle aux notes gourmandes: orange amère et chocolat s'enveloppent ici d'une facette un peu liquoreuse et amandée. Il serait toutefois dommage de réduire cette gamme aux tonalités sucrées: les bois, les notes arômatiques, la figue ou les bouquets floraux sont autant de territoires qu'a également exploré la marque au cours de ces dernières années.

 



dimanche 6 juillet 2014

Trois fragrances enrichissent la collection Héritage: Patou revient à ses premières amours.

    La maison Jean Patou a décidément choisi de renouer avec son passé. La collection Héritage sortie l'an dernier témoignait en effet de cette volonté, mettant à l'honneur des produits cultes de la marque, à l'image de la réédition de Chaldée.  

    L'année 2014 n'est pas anodine dans l'histoire de Jean Patou puisqu'elle sonne le centenaire de la maison. Un anniversaire que la maison célèbre en inaugurant un nouvel écrin au 9, rue Saint-Florentin, marquant ainsi un retour aux sources, ( retrouvant ainsi son adresse initiale). A cette occasion, Patou enrichit aussi la collection Héritage de trois fragrances, créées par Henri Alméras en 1925, aujourd'hui réécrites par Thomas Fontaine, le parfumeur maison. Trois parfums qui révèlent le côté visionnaire du couturier puisqu'ils avaient été, pour la première fois, pensés pour 3 types de femme, une blonde, une brune et une rousse. Trois créations qui illustrent aussi les temps forts de l'amour, de la séduction, Amour Amour, à l'incertitude  (Que Sais-je) jusqu'à l'abandon (Adieu Sagesse). 


    Seul Amour Amour a été rebaptisé, son nom appartenant désormais à L'Oréal (Amor Amor, Cacharel). Celle qui s'appelle désormais Deux Amours est la fragrance originellement dédiée aux blondes. Ce floral poudré vert au style classique, élégant et intemporel, emprunte à la signature maison son traditionnel coeur de rose et de jasmin, en l'associant à la verdeur de la tubéreuse. La fleur d'oranger  et l'yang-ylang se mêlent également au bouquet floral crémeux, avant qu'il n'évolue sur un fond plus boisé, assez santalé. 

  Que Sais-je se voulait un parfum de brune, avec son aura troublante de chypre fruité. Quelques années après le lancement de Mitsouko, celui-ci en reprenait le thème olfactif, dans un esprit que je trouve plus proche d'un Femme de Rochas, comme s'il préfigurait de ce grand chypre fruité qui allait voir le jour par la suite. (Il rappelerait presque les effluves boisés fruités et épicés de la patte Lutens, ce qui n'est pas dénué de sens puisque Féminité du Bois reprend en quelque sorte une trame initiée par Femme, précisément). Evoquant cette tension propre aux émois amoureux et aux questionnements, Que Sais-je ajoute une note de pêche vineuse à la structure du chypre, la pimente d'un cumin animal, sur fond de patchouli, mousse de chêne et notes ambrées. Ce parfum qui s'éloigne pourtant de ma famille de prédilection m'a enthousiasmée, et ravira les amateurs de vintages puisqu'apparemment il évoque très fidèlement l'original. 

  Le dernier volet de cette collection rend hommage aux rousses, couleur chatoyante où Jean Patou y voit les lueurs de l'abandon. Le jasmin et la tubéreuse, (voire, peut-être de la fleur d'oranger),  invitent le gardénia au coeur du parfum, rehaussé des notes fruitées de la fleur, ici amenées par une rhubarbe (acétate de styrallyle), à l'effet vert croquant. Une touche de narcisse en fond apporte ses tonalités humides et foin à la composition. Quelques notes épicées et une facette légèrement poudrée achèveront de compléter cette représentation du gardénia, un des pionniers du genre dans les années 20. Radieux,  ce parfum de construction classique a pourtant quelque chose de très actuel, moderne, en raison notamment de son sillage très lumineux. 

   D'un bout à l'autre, ce nouveau chapitre de la collection met du baume au coeur et illustre une manière intelligente de continuer à narrer l'histoire d'une marque au passé prestigieux. 

#JeanPatou #collectionHéritage #lancement #patrimoine



jeudi 8 mai 2014

Si l'ADN de Guerlain m'était conté...


     Je suis presque sûre qu'au fond de chaque perfumista, en herbe ou averti, sommeille un vieux Guerlain. Un Shalimar, un L'Heure Bleue, un Jicky ou un Mitsouko: autant d'effluves qui ont laissé une forte empreinte olfactive dans l'entourage de celui ou celle qui les portait, en éveillant ainsi leur curiosité et leur goût pour l'odorat. 

     Leur sillage en a ainsi rendu addict plus d'un, au point de déchaîner les passions et de crier au scandale lorsque la moindre réglementation de l'Ifra vient en affecter la beauté. C'est qu'un amateur de Guerlain est exigeant, guettant le moindre changement dans l'évolution de son parfum préféré. Mais au fil des rencontres avec la marque (je pense notamment à Sylvaine Delacourte qui avait ouvert le dialogue voici quelques années),  les passionnés ont compris que ce phénomène dépassait souvent les parfumeurs, relevant des lois qui les obligent à se livrer à un véritable casse-tête chinois pour rééquilibrer les formules des fragrances anciennes. Si certaines maisons en profitent pour lifter discrètement leurs parfums au passage, d'autres préfèrent s'essayer à restituer leur grandeur avec respect. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le nez maison  Thierry Wasser  et son assistant Frédéric Sacone prennent cet exercice très à coeur.


  Outre les reformulations particulièrement réussies dont on a fait les éloges un peu partout ces derniers temps, Guerlain propose à ses aficionados des reconstitutions de parfums pour une grande partie oubliés, (mais pas que), en les repesant sous leur formule originale et avec les matériaux d'époque dont on dispose encore, dans la belle salle des boiseries de sa boutique des Champs-Elysées. Un rendez-vous (gratuit) à ne pas manquer pour les fans de la maison, que nous avons pu vivre de manière privilégiée. "Guerlain et les blogueurs, à table" nous lançait donc Frédéric Sacone le 26 avril dernier:  une matinée de rêve à passer en revue tous ces trésors, sous les explications détaillées de Thierry Wasser, ponctuées des anecdotes d'un historien connaisseur.

    Une des choses que j'aurais retenues de cette matinée, c'est que l'aura d'antan d'un Jicky ou d'un Shalimar ne se résume pas tant à la richesse de ses notes animales, qu'à la bergamote qu'on utilisait alors. Tel un fil rouge dans les créations de Jacques Guerlain, on la retrouve dans grand nombre de ses parfums en note de tête. Or celle que l'on connaît aujourd'hui (et que j'aime néanmoins beaucoup), est déterpéinée, débarrassée de ses molécules allergisantes, mais aussi de ses aspérités et de sa force. Elle a perdu de ce "croquant" qui évoque l'écorce du fruit, de cet effet très zeste qui vous saute au nez, de son côté presque orange confite.  Or c'est justement cette puissance qui permettait de donner de l'allant et du volume aux notes de tête, harmonisant et équilibrant ainsi la composition, adoucissant et enveloppant alors l'animalité des muscs et autres costus des notes de fond. Avec une bergamote plus "maigre", celles ci ressortent plus et se font parfois plus criardes, le parfum perdant alors de son équilibre et de sa rondeur.

   Un autre élément va revenir en filigrane tout au long de ce pélerinage olfactif: les muscs nitrés. Aujourd'hui interdits, et le plus souvent reproduits par la synthèse, ils ont peuplé de leurs notes à la fois rondes et fauves la plupart des parfums du début du siècle. Or si l'on prête souvent à la vanille le rôle clef de la fameuse guerlinade (moi la première), c'est oublier l'ampleur chaleureuse et souple que ces muscs offraient à la signature maison. Au fil de trésors ressuscités, on saisit que Jacques Guerlain aimait beaucoup les muscs, immisçant leur facettes charnelles dans chacune de ses créations. Il travaillait alors beaucoup alors avec les teintures, notamment pour le musc (travail qui consiste à faire infuser le musc dans l'alcool). Exercice avec lequel renoue aujourd'hui Thierry Wasser, lui permettant de respecter les limites de l'IFRA tout en redonnant un peu de cette texture généreuse aux classiques de la marque.


Au fûr et à mesure que j'écris, la touche imprégnée de Shalimar 1925 emplit la pièce de ses baumes  ambrés mais aussi, on l'oublierait presque aujourd'hui, musqués et cuirés. Car cette pesée telle que l'a conçue Jacques Guerlain à l'origine ne se contente pas d'un accord bergamote-vanille. Elle est riche en notes cuirées et fumées où perce le costus (aux notes animales, grasses un peu sébum), et se fait presque fourrure.  D'autres parfums reconstitués comme à l'époque m'ont marquée, à l'image de Jicky que j'ai trouvé sublime, formulé ainsi. Tout est à sa place, entre lavande, géranium et bergamote en tête, un coeur fleuri piqué par des notes épicées de cannelle, sur ce fond rond, douillet et baumé, vanillé mais aussi musqué et animal. De celui-ci au Mouchoir de Monsieur, en passant par le Chypre de Paris,  émerge une filiation évidente qui nous mène tout droit à Shalimar. La fraîcheur hespéridée et arômatique et le fond ronronnant d'un Jicky ou d'un Mouchoir de Monsieur esquissent l'accord principal de Shalimar,  les notes cuirées et fumées (bouleau, opoponax, calamus) du Chypre de Paris en signent le fond.

                                             crédits photos: Patrice de Musque-Moi

    Sillage, Fleur de Feu, Cachet Jaune, A travers champs, Candide Effluve, Voilà pourquoi j'aimais Rosine...   Autant de noms et d'effluves inspirés qui composent le coffret de cette cuvée "non-IFRA" que Frédéric Sacone nous a concocté, (geste très touchant), sachant qu'il n'y a que des fous passionnés pour l'apprécier à sa juste valeur. J'espère revenir ici prochainement pour évoquer quelques unes des 25 merveilles que nous avons pu sentir et découvrir ce matin là.
Un grand merci à l'équipe Guerlain, qui continue de nous faire rêver en faisant vivre son patrimoine.

(Et un gros merci à Patrice Révillard de Musque-Moi pour les très jolies photos qu'il m'a fournies).  

lundi 10 mars 2014

Coup de coeur: La Panthère de Cartier nous envoûte le 15 mars prochain.

  Cette nouvelle vous aura peut-être échappé mais n'aura pas laissé la blogosphère indifférente: ce samedi 15 mars, Cartier nous dévoilera son nouveau grand féminin: La Panthère.  
   
   Celle qui symbolise depuis longtemps l'univers du joaillier à travers ses montres et ses bijoux, avait déja inspiré un parfum, Panthère, dans les années 80, aujourd'hui disparu, avant d'illustrer un superbe film publicitaire voici deux ans. Le félin mythique nous revient cette année à travers La Panthère, une fragrance composée par Mathilde Laurent, qui a usé de toute la finesse de sa patte créative pour exprimer la féminité, la sensualité et le "racé" de cet animal dans un flacon. 

  Vous l'aurez peut-être déja lu ici et là sur les blogs, mais  le sillage de La Panthère est saisissant en ce qu'il procure vraiment cette sensation d'un félin ondoyant qui rôde, vient, s'éloigne et revient inlassablement. Tel un jeu de cache-cache, le parfum semble apparaître et réapparaître par vagues, à pas feutrés mais bien présents, avec l'agilité d'un chat.

    Les premières volutes révèlent d'emblée un sillage chic et raffiné, propulsé par le montant des aldéhydes aux nuances métalliques presque sanguines, arrondies du velouté d'une pêche et de la robe dorée d'un abricot sec. Loin de tout effet alimentaire, cette première envolée fruitée se fait subtile et délicate,  tandis que se dessine doucement le contour d'un gardénia en filigrane. 
   Ici les fleurs blanches ne sont pas solaires et exotiques, on serait plutôt dans la féminité charnelle du pétale et de sa texture duveteuse. Les notes chyprées du patchouli et de la mousse de chêne tireraient même plus le gardénia vers ses racines végétales, nuancées toutefois de la clarté et de la lumière de la fleur. Je décèle aussi une rose en arrière-plan, sans savoir si c'est c'est une impression ou si elle est réellement présente dans la composition: comme le gardénia, on distingue l'ombre ou la silhouette mais pas vraiment l'image. Tout au long de son évolution, le parfum va jouer des contrastes,  des fruits teintés de suc à la structure altière du chypre floral, et se faire mystérieux en multipliant des effets de matières tactiles mais insaisissables. Le fond va enfin s'alanguir dans un velours musqué et chaud, quelque part entre douceur et élégance. 


 Tout en mêlant le patchouli aux fruits jaunes,  cette composition ne tombe jamais dans l'écueil du"patchoufruit" (à la fameuse recette de patchouli et fruits sucraillons  sur lit -géant- de caramel).  La Panthère redonne ici au néo-chypre ses lettres de noblesse.  Elle se fait très Femme en se parant des codes d'un chypre à l'ancienne,  tout en les ciselant d'une luminosité éthérée qui apporte une vraie modernité au propos. Tour à tour habillés et indomptés, ses effluves conjuguent la plénitude sensuelle et fauve des muscs cétones à l'aura sophistiquée et couture d'un grand classique.  



lundi 6 janvier 2014

Nouvelle année, nouvelles matières.....

    Bonne année à tous!  

  Chers lecteurs, comme vous l'avez peut être remarqué, voici quelques semaines que je me suis absentée de mon blog.  En effet ces derniers mois se sont révélés chargés, en raison notamment de mon activité sur Osmoz, où vous pourrez me suivre fréquemment dorénavant. 
   Voici d'ailleurs quelques liens vers mes derniers articles ou dossiers sur ce site qui s'est refait une beauté tout récemment. 
      
    Mais qui dit nouvelle année dit nouvelles résolutions dont celle de revenir plus souvent ici user de ma plume pour vous parler coup de cœurs olfactifs.

  Pour se glisser dans cette année toute neuve en douceur, j ai choisi d'évoquer le travail  d'un sourceur, Stéphane Piquart, dont l'activité consiste en la quête de nouvelles matières premières,  dans le respect de l'écologie, des peuples qui récoltent les plantes,  en quelques mots plus en accord avec notre planète. Vous avez d'ailleurs peut être entendu parler de son travail et de sa société, Behave, à l'occasion de l'événement donné en son honneur le 14 décembre dernier chez Liquides. Sa démarche est celle de découvrir des matériaux et des essences plus durables et pérennes, du santal replanté en Australie à la myrrhe de Namibie en passant par cette cire odorante d'un arbuste, le Bushmen Candle. 

   Parmi les variétés issues de ces recherches, celle qui m'a le plus marquée est la Vanille Verte de Sava, une région située au nord de Madgascar.
   L'absolu de vanille noire résulte entre autres d'une phase de séchage dont se trouve dépourvue la vanille verte. Cette dernière perd ainsi ses inflexions animales et cuirées pour se faire légèrement plus végétale mais aussi plus gourmande puisque la vaniline ressort plus nettement, tout en restant légère de texture. Une vanille plus innocente, plus aérienne en quelque sorte. Personnellement, j'ai une préférence pour l'absolu de vanille noire, (telle qu'on la connaît), pour la richesse de ses nuances et facettes, mais cette lumière nouvelle sur cette matière n'en reste pas moins intéressante et ouvre, sans doute,  de nouvelles voies dans la composition de parfums.

 
 On la retrouve aujourd'hui dans deux créations de Flair,  l'Accord Vanille et Osmanthus de Lostmarch mais aussi dans  Yapana de Volnay, une ancienne maison fraîchement relancée par les descendants de sa fondatrice, Germaine Madeline Duval.
   Si elle se  marie aux accents verts et thés de l'Osmanthus pour Lostmarch',  elle prête ses rondeurs vaporeuses aux notes de fond de Yapana, un floral oriental épicé  sur fond boisé et baumé.


   
Ouvrons donc l'oeil et le nez cette année sur les créations à venir, peut-être la rencontrerons nous à nouveau au fil des lancements qui ponctueront 2014...

  

mercredi 9 octobre 2013

Joy Forever de Jean Patou: coup d'éclat au "parfum le plus cher au monde"?

      Si Patou est une des maisons de couturiers qui s'est illustrée dans les beaux jours de la Parfumerie du début du XXème siècle, (Joy, Vacances, Colony, Moment Suprême), elle pourrait presque aujourd'hui se targuer de faire partie des marques de "niche" tant son rayonnement est devenu confidentiel.  Non  qu'elle soit tombée en désuétude, ses parfums continuent de vivre et d'être achetés par une clientèle fidèle, mais en privilégiant une adresse unique dans Paris, une discrétion de communication et une gamme qui ne cède pas aux dicktats du marketing,  elle se rapproche plus aujourd'hui des codes de ce qu'on appelle la Haute Parfumerie que de ceux du mainstream. 

    Devenue, notamment,  célèbre grâce à Joy, un floral composé d'une très belle qualité d'essence de rose et de jasmin, alors excessivement coûteux à produire,  (le "parfum le plus cher au monde") offert à ses clientes américaines ruinées comme un pied de nez à la crise de 1929, la marque Patou fait  aujourd'hui un clin d'oeil à cette situation en lançant un flanker de son best-seller, Joy Forever,  en pleine période de crise économique également. 



 J'ai trouvé ce parallèle intéressant, ainsi que la fragrance en elle-même, puisqu'elle m'a semblée totalement inscrite dans l'esprit de la maison,  contemporaine, sans verser dans le rajeunissement à tout prix. Exit, donc, la vaniline, l'éthyl maltol (caramel)  et les fruits rouges pour capter une nouvelle clientèle. 
  Ici, pour  esquisser ce que serait une version "moderne" du beau et grand classique Joy, Thomas Fontaine, le parfumeur qui a repris les rênes de la maison Patou, apporte de la fraicheur au traditionnel accord floral en lui greffant quelques notes de mandarine et de pêche,  ciselant une sensation duveteuse et lumineuse à l'envolée du parfum. Cette lumière s'épanouit en coeur avec la rondeur ingénue de la fleur d'oranger et le poudré de l'iris, mariés à la rose et au jasmin, (l'adn de Joy). Ce bouquet floral, à la fois dense et aérien, comme un lien entre la profondeur de l'original et les codes actuels de notre époque, évolue en se fondant dans le santal, d'ailleurs assez présent sur ma peau. 



   Au final, comme Juliette de Poivre Bleu, je trouve une petite touche années 80 à Joy Forever,  dans le bon sens du terme, en raison d'un certain classicisme, (revendiqué d'ailleurs, la clientèle visée est certes plus jeune, mais qu'il s'agisse du prix ou du style on ne s'adresse pas non plus à une jeune fille): un coeur floral sur un fond boisé crémeux, relevé de cette petite touche de pêche en tête qui a marqué certaines créations de ces années là. Mais tout en restant plus "léger", épuré, sans l'effet "épaulette" - qui personnellement ne me déplait pas - mais pouvant dater un parfum au "nez" de certains. Joy Forever pourrait être le parfum de cette femme à l'allure  romantique, féminine, raffinée, à l'image de l'esprit Patou, dont l'élégance et la qualité ont fondé la réputation. 



(Disponible courant octobre 2013 à la boutique Patou).