lundi 4 juillet 2011

Batucada: l'Artisan Parfumeur visite le Brésil.

C'est avec plaisir que je reprends ici la plume, suite à une période d'inactivité: manque d'inspiration (oui, comme vous l'aurez peut-être constaté par vous-même, les derniers mois, entre l'Air de Nina Ricci,  Jimmi Choo et autres splendeurs de la parfumerie moderne, l'actualité ne s'est pas beaucoup prêtée aux coups de coeur), problèmes sur blogspot, manque de temps.... autant de raisons qui m'avaient momentanément fait délaisser mon blog.  

Heureusement, l'inspiration est revenue, notamment grâce au dernier-né de l'Artisan Parfumeur, Batucada, une eau de toilette soufflant le chaud et le frais, en hommage au Brésil. Composée par deux nez, français et brésilien, Karine Vinchon Spehner, (à qui l'on doit le Coeur de Vétiver Sacré, sorti l'an dernier) et Elisabeth Maier, cette eau de toilette évoque aussi bien les fameuses caïpirinhas, que les odeurs de peau ensoleillées, sur fond baumé de sensualité latine. 

Dédiée à cette danse sensuelle, la Batucada, qui signifie "les battements du coeur", cette nouvelle eau de toilette s'ouvre sur des notes hespéridées de citron vert (limette), mariées à de la menthe crépue, mais aussi à de la lie de vin, pour évoquer l'odeur de la caïpirinha, (un de mes cocktails favoris, au passage). Cette sensation très réaliste est assez saisissante ici, tandis que le davana vient ajouter un effet légèrement fruité, qui ajoute à l'aspect rafraïchissant des notes de tête. 

Mais Batucada n'est pas seulement un parfum frais, puisqu' il va dévoiler en coeur le côté charnel et ensoleillé des fleurs blanches, avec un ylang-ylang très présent, dont on a déployé l'effet solaire avec  des notes salicylées, mais aussi un accord fleur de tiaré. Comme l'ylang -ylang développe parfois des effluves un peu "banane", (comme dans Vanille Galante d'Hermès par exemple), je me demande si ce n'est pas le cas ici, et si l'on aurait pas ajouté un peu d'acetate de benzyl à la composition, à moins que ce ne soit la combinaison avec le davana qui donne cette sensation. 

Sans tomber véritablement dans l'effet opulent des fleurs blanches, le parfum prend à ce stade une tournure "peau chauffée au soleil", évoquant un peu les effluves de crèmes solaires dont on s'enduit l'été sur la plage. Des aldehydes C 18, (note coco), viennent ajouter à l'effet exotique de la composition, et une légère note calone apporte un côté iodé et aquatique, heureusement assez discret. 

Batucada s'achève sur un fond plus chaud, boisé et baumé, où le benjoin se mêle au santal d'Australie, au patchouli et au vétiver. Il est intéressant de noter ici qu'il s'agit d'un vétiver du Brésil, assez rare, puisqu'on utilise plutôt généralement du vétiver de Haïti, de Madagascar ou de Java. Le vétiver du Brésil est assez fumé en comparaison des variétés de Haïti ou Madagascar, mais moins que celui de Java. Quant au patchouli, il s'agit ici d'une fraction de patchouli, gommant ainsi l'aspect un peu camphré du patchouli au profit de ses facettes  chocolatées et gourmandes, qui se marie ainsi parfaitement bien aux notes de fond baumées, chaleureuses et sensuelles. 

C'est donc une composition originale que nous propose encore une fois l'Artisan Parfumeur, atypique et poétique,  même si pour ma part, je lui aurais préféré un peu plus de sillage. 


Disponible à partir du mois d'octobre dans les boutiques de l'Artisan Parfumeur. 







lundi 2 mai 2011

Fiftie's mood: petit tour olfactif des années 50...

Il y a deux semaines j'ai été invitée à un évènement au Palais de Tokyo, intitulé Le Menu de Cannes, organisé en partenariat avec Electrolux, dont le but était de départager deux équipes qui s'affrontaient dans le but d'organiser un dîner pour les membres du Jury durant le prochain Festival de Cannes. Deux équipes composées d'un chef cuisinier, d'un styliste et designer préparaient un dîner idéal, aussi bien en terme d'ambiance que de cuisine, sur le thème des années 50. 


Pour ce faire, le designer décorait le lieu, le cuisinier nous préparait les meilleurs plats raffinés pour régaler nos papilles, et une styliste nous habillait en "fifties'girls", tenues que l'on avait la chance de pouvoir garder après l'évènement. Voici quelques images de la très agréable journée que nous avons passé au Palais de Tokyo:






Vous me direz, ok, mais quel est le lien avec le parfum? En effet, au prime abord, aucun. Mais de voir tous les invités déguisés en fifties girls and boys, m'a permis d'imaginer ce qu'il aurait fallu pour compléter jusqu'au bout la tenue, un accessoire indispensable ... le parfum. Et oui, qu'aurions nous dû tous et toutes porter si l'on avait voulu être complètement raccord avec le thème? Quels sont les parfums emblématiques des années 50? 

Période de renouveau après-guerre, les années 50 voient la parfumerie se démocratiser, mais aussi l'émergence de la parfumerie américaine. Les fragrances spécialement dédiées aux hommes se développent, bref cet univers se renouvelle.

Comme parfums typiques de cette époque, on retrouve des grands floraux,  comme par exemple Diorissimo ou L'air du temps. Ce dernier a été créé à l'aube des années 50, en 1948,et est considéré aujourd'hui comme un des grands intemporels qui ont marqué le XXème siècle. Parfum joyeux né dans une période de renouveau, il inspirera de nombreuses autres créations, qui en garderont cette trame fleurie épicée qui le caractérise. Avec un oeillet très présent, L'air du temps revisite le genre de la fragrance fleurie, avec ses notes de rose et de jasmin sur un fond à la fois boisé et musqué. Classique, élégant, féminin, indémodable.

Autre grand fleuri, Diorissimo, un des premiers parfums célèbres à se concentrer autour du muguet, note enfin reproduite de manière réaliste et stylisée par Edmond Roudnistka, puisqu'on ne peut extraire l'odeur de cette fleur à l'état naturel. Doté d'un sillage très aérien, ce parfum de 1956 offre une composition joyeuse, en hommage à la fleur porte bonheur de Christian Dior, toute de notes vertes et fleuries, à la fois naturelles et synthétiques, (hydroxycitronnellal, alcool phényléthilique, jasmin, ylang-ylang...), en rupture avec un style de créations  que le créateur, trouvait déja, à l'époque, trop synthétiques et sucrées.

D'autres grands classiques floraux de la parfumerie marqueront les années 50 tels que l'Interdit de Givenchy, par exemple, (dans un style floral aldehydé assez classique), mais aussi beaucoup plus opulents, comme le beau Fracas, de Piguet. Composée par Germaine Cellier, qui avait coutume de proposer des parfums sans compromis, overdosés d'une matière, cette fragrance est une superbe tubéreuse, crémeuse à souhait, dont on a ici exploré les facettes solaires et lascives, en la parant d'une fleur d'oranger assez présente et d'un aspect un peu "coco" (aldehyde C18). Créé en 1948,  Fracas connaîtra un beau succès, notamment outre Atlantique, où les américaines raffolent de la tubéreuse, (paradoxalement aux fragrances propres et fraîches qu'elles aiment d'ordinaire adopter). On raconte d'ailleurs que c'était le parfum de Marilyn Monroe, lorsqu'elle ne s'endormait pas avec quelques gouttes du célèbre N°5 de Chanel.

Parlons justement des Etats-Unis, puisqu'ils participent activement au paysage olfactif de cette décennie. C'est l'époque où Estée Lauder se faît connaître, une des premières maisons de parfum américaines. Loin des odeurs aseptisées qui ont tendance à plaire là-bas, elle  lance, en 1952,  Youth Dew, (dans la veine de Tabu de Dana) et qui inspirera, plus tard, Opium, d'Yves Saint Laurent. Cet oriental met en scène le patchouli, autour de notes florales et épicées (oeillet, clou de girfle, rose, ylang-ylang). Puissant, sensuel, imposant, Youth Dew est d'abord commercialisé sous la forme d'une huile de bain, dont le succès est tel qu'Estée Lauder  en proposera rapidement une eau de toilette.


Les années 50 sont aussi celles de la remise au goût du jour de grands chyprés tels que le très connu Miss Dior ou encore, plus tard, de Cabochard (Grès). Miss Dior est légèrement antérieur, puisque ce grand classique de la marque vît le jour en 1947, et correspond au goût de Monsieur Dior pour la famille des chyprés. A la fois verte (galbanum, jacinthe) et fleurie (rose, jasmin, gardénia), cette création se caractérise par des notes épicées mais surtout par un fond chypré (patchouli, mousse de chène), légèrement cuiré. Un parfum culte, qui fît la renommée de Dior au moment où son style New Look le propulsait sur le devant de la scène couture. Impossible d'oublier, à cette époque, Femme de Rochas, qui, s'il a été créé en 1944, fût aussi beaucoup porté à cette époque, et qui est, même si je ne pas une adepte du genre, mon chypré préféré, (c'est notamment pour ça que j'y reviendrai, plus tard,  dans un post spécialement dédié).

Et les hommes? En effet, les années 50 représentent l'avènement de la parfumerie masculine avec le début d'eaux de toilettes spécialement dédiées aux hommes.  On retrouve beaucoup de colognes, telles que L'Eau d'Hermès par exemple,  ou des choses fraîches et hespéridées telles que Pour Monsieur de Chanel. Mais cette décennie, c'est aussi des créations avec plus de corps, boisées telles que le Vétiver de Guerlain, composé par Jean-Paul Guerlain en 1959. Cette création, désormais grand classique de la marque, met en valeur la facette un peu "pamplemousse" du vétiver avec des notes agrumes en tête, puis une évolution plus boisée-épicée,  avec le vétiver,le  tabac, le santal, mais aussi la fameuse fève tonka chère à la guerlinade.

Voici un donc un tableau olfactif de cette période et qui donne une idée de l'ambiance parfumée qui aurait pu régner, ce samedi 16 avril dernier, au Palais de Tokyo, si nous avions été télétransportés dans les années 1950.





lundi 11 avril 2011

1697: un parfum nommé Désir

C'est peu dire que j'attendais impatiemment la sortie du dernier parfum Frapin depuis six mois. En effet, l'ayant senti à deux reprises, en juillet, puis en décembre dernier, j'avais eu une sorte d'énorme coup de coeur pour cette nouveauté. Pourtant nous n'avions que peu de temps pour faire connaissance, à peine deux fois, furtivement, mais alors, quel souvenir m'avait laissé cet élixir liquoreux à souhait, nouveau venu dans la gamme des parfums distribués par Différentes Latitudes. 

Si l'on excepte ce changement de concentration, intervenu entre temps, (comme je l'ai lu sur grain de musc et c'est en effet ce que m'avait annoncé l'équipe de DL), de 12 à 14%, qui modifie légèrement la fragrance en ce qu'elle me semble moins ample dans son déroulement des notes, désormais plus abrupte et compacte, mon plaisir reste entier à enfin pouvoir me l'approprier maintenant qu'elle est officiellement sortie.


Dans un esprit de cohérence totale avec l'univers de la fameuse marque de cognac, les notes de tête de 1697 donnent d'emblée le ton de la composition: liquoreux. De l'absolue de rhum, mais aussi le davana cher au créateur Bertrand Duchaufour, font de l'ouverture de ce parfum une sensation de rhum arrangé semblable à celle dont il avait déja paré Havana Vanille, mais cette fois, on serait plutôt ici dans un rhum arrangé au pruneau. On perçoit tout de suite la texture très veloutée que va garder le parfum tout au long de son évolution, dans un décor sombre teinté de couleurs pourpres et ambrées. 


Tandis que se déploie un coeur plus floral, (ylang-ylang, jasmin), apparaît  également  une rose sombre, qui s'accorde à merveille avec les notes épicées de cannelle et de clou de girofle du parfum, tissant et étirant l'univers licencieux du parfum.  Comme celui-ci est assez facetté, il développe également un aspect cuiré en fond (isbutylquinoléine?), que vient arrondir la vanille, probablement en absolu, du moins il ne s'agit pas ici d'une vaniline aux accents vanillés sucrés. 1697 est aussi un parfum délicieusement ambré, en raison de la forte présence, en fond, du ciste labdanum et de la fève tonka. Il me semble aussi y déceler du cèdre, assurant la continuité du fil épicé et liquoreux des notes de tête et de coeur, et du patchouli, qui est sans doute à l'origine de cette texture très veloutée, avec un effet presque cacao-van houten, de la fragrance. Il va sans dire ici que les notes de fond sont particulièrement addictives et chaleureuses. 

Si la sensation très alcoolisée en tête, très vineuse, accentuée par la nouvelle concentration et qui perdure tout au long de la composition n'est pas l'aspect que je préfère dans 1697, je raffole de ces multiples facettes s'emmêlant les unes aux autres, entre liqueurs,épices, fleurs, ambre et cuir. Le tout donne une sensation très sensuelle, charnelle, totalement en accord avec le nom de la fragrance choisie initialement: Les Ailes du désir, avant que des problèmes juridiques (liés au film éponyme de Wim Wenders) viennent en imposer un autre, 1697 (année de l'anoblissement de la famille Frapin par Louis XIV). 


J'avoue que je souhaitais parler bien plus tôt de ce beau 1697, sorti en édition limitée et numérotée, mais le temps m'a manqué, ce qui est dommage puisque les flacons ont dû tous être vendus depuis, mais on peut peut-être espérer une plus large diffusion?  

samedi 12 mars 2011

Interview de Marc Antoine Corticchiato, créateur de la marque Parfums d'Empire.

Nous avons eu, lundi dernier, avec Emmanuelle Varron, grâce à l'entremise de Valérie de Différentes Latitudes,  l'honneur de rencontrer Marc Antoine Corticchiato, connu des perfumistas pour avoir fondé la maison Parfum d'Empire. L'occasion de retranscrire ici cet entretien privilégié, et de revenir sur les inspirations du parfumeur.


Dans son laboratoire de Louveciennes, Marc Antoine nous parle de ses créations, de son parcours, et de sa vision de la parfumerie. 

Marc-Antoine, d'où vous est venue cette passion pour l'univers du parfum? 

C'est avant tout la curiosité scientifique qui m'a mené à la parfumerie. En effet, comprendre le processus de création du parfum au cœur des végétaux attisait ma curiosité, déjà enfant.  J'ai donc effectué un doctorat en chimie analytique, avant de rejoindre l'Isipca. J'ai ainsi débuté ma carrière dans un laboratoire de recherche axé sur l’analyse des plantes à parfum et leurs méthodes d’extraction. J'ai notamment publié, à l'époque, des études dans des revues de recherches en chimie.  L'envie d'être parfumeur m'est venue au fur et à mesure, ceci d'autant plus que cette curioisté sur l'univers des plantes s'est trouvée renforcée par le fait d'évoluer dans un milieu propice aux odeurs: d'abord le Maroc, puis la Corse. C'est une région fabuleuse, avec son maquis où l'on peut respirer de l'immortelle, de la mousse de chène ou encore du ciste. Ma passion pour l'équitation y est aussi pour quelque chose, puisqu'on y cotoie un univers fait de cuir, de foin, de paille...

Mais c'est avant tout la recherche du "pourquoi" d'une telle odeur qui vous a mené au parfum si j'ai bien compris? 

Oui, en effet, d'ailleurs j'ai d'abord formulé dans un premier temps pour  l'aromathérapie, ce qui suppose à la fois des contraintes thérapeutiques  et olfactives. C'est par ce biais que je suis peu à peu venu à l'univers du parfum. 

Qu'est ce qui vous fascine le plus dans le parfum? 

De par ma formation, c'est vraiment l'amour pour les belles matières premières naturelles qui m'interpelle le plus, en parfumerie. Connaître les origines d'une matière première, son histoire, son utilisation pour la replacer dans un contexte contemporain.

C'est donc par cette fascination des origines des matières premières que vous avez eu l'idée de créer une marque de parfum centrée autour d'un univers historique? 

Tout à fait. Les gens croient toujours que je suis un passionné d'histoire, parallèlement à ma passion du parfum. Or c'est seulement en étudiant les matières premières que j'ai compris que certaines étaient convoitées depuis l'antiquité pour leurs vertus bienfaitrices, qu'elles étaient utilisées pour séduire par exemple ou qu'elles étaient recherchées pour leur spiritualité. Et que pour cette raison, des peuples se sont battus pour les obtenir. C'est dans cet esprit que j'ai eu envie de fonder Parfums d'Empire. On oublie souvent qu'à l'origine le parfum vient du terme "per fumum", par la fumée.  Les odeurs, les matières ont toujours été étroitement liées à la religion. "Le parfum est  avant tout divin". Le nom de la marque "Parfums d'Empire" évoque donc toutes les civilisations et cultures fortes où le parfum et les matières naturelles y jouaient un rôle important, mais c’est aussi et surtout pour l’idée de « l’Empire des sens ».

Comment travaillez-vous, sur la création d'un parfum? 

Cela dépend, mais il y a toujours la volonté de sublimer une matière naturelle en particulier, en la rattachant à une culture. Pour l'Eau de Gloire, le premier, sorti en 2003,  il s’agit d’un univers imaginé pour retracer le parcours de tous ces corses partis de leur village à la conquête du monde. A l’image de mon père qui a tout quitté pour s’installer au Maroc, sur des terres bientôt plantées d’hespéridés, mais aussi à l’image du plus célèbre d’entre eux, Bonaparte. C'est pourquoi je me suis concentré sur les odeurs évocatrices de la Corse, et du maquis, telle que l'immortelle ou le ciste, en fond. Si l'on prend Cuir Ottoman, sorti en 2005, l'idée était vraiment de travailler un cuir véritable. Contrairement aux autres parfums, pour Cuir Ottoman j’ai d’abord travaillé l’accord de fond, donc l’accord cuir. Mais, j’ai eu ensuite beaucoup de mal à y attacher les notes de tête et de cœur en raison de la puissance du cuir.
 Il a fallu contrebalancer ces notes de fond,  aller chercher de belles matières naturelles, de la fève tonka du Venezuela, de l'iris de Florence, du jasmin d'Egypte, notamment, pour équilibrer ce fond cuiré vanillé très imposant.  Mais, quelle que soit la création, le but est vraiment de privilégier l'usage de belles matières premières naturelles. Je ne renie pas la synthèse, bien au  contraire, mais elle doit être là pour magnifier les matières premières naturelles, et non pour les remplacer. 

Quel regard portez-vous  sur la parfumerie d'aujourd'hui?

Dans le mainstream, tout est trop tourné vers la nouveauté à tout prix, au détriment de la qualité. Il faut sans arrêt faire de la valeur avec de la nouveauté. C'est aussi le système qui veut ça, la presse réclame régulièrement un nouveau produit pour parler d'une marque ou d'un créateur.  La quantité supplante parfois  la qualité. Mais il est difficile de pouvoir aller à l'encontre de ce système, à moins d'avoir l'aisance financière nécessaire. Je pense que pour pouvoir travailler dans un vrai esprit d'amour de la parfumerie, il ne faut pas espérer s'enrichir, dans le cas d'une marque artisanale.

Quels parfums, quelles senteurs vous ont particulièrement marqués? 

L'eau du sud d'Annick Goutal, L'Heure Bleue de Guerlain, L'Eau Noire de Dior.... Et plus généralement, sans doute en raison de ma passion pour l'équitation, les notes cuirées, ambrées.

Sans tomber dans la quête de nouveautés à tout prix, quelle est l'actualité de Parfums d'Empire? 

Une bonne partie de l’année 2010 a été consacrée à des créations pour différentes enseignes de luxe tel l’hôtel Lutetia qui fêtait un siècle et pour lequel j’ai créé une bougie (oriental gourmand), une brume d’oreiller et un parfum d’ambiance. L’année dernière j’ai également pas mal travaillé les créations qui sortiront cette année lors du deuxième semestre : une treizième eau de parfum et trois bougies. 

Pour en savoir plus sur l'univers de la marque, je vous invite à vous rendre sur le site de Parfums d'Empire, et pour un autre résumé de cet échange, notamment plus centré sur le parfum Cuir Ottoman, rendez-vous sur le site de Ca fleure bon à partir de lundi!









mardi 15 février 2011

Dernières nouveautés chez Guerlain: Shalimar Parfum Initial et La petite robe noire 2.

 Ces nouveautés ne réjouiront peut-être pas les amoureux des grands classiques de Guerlain, néanmoins elles méritent qu'on s'y attarde car elles sont vraiment jolies dans leur style.  Shalimar  Parfum Initial décontenancera sûrement les adeptes de l'original, mais si on le considère comme un parfum à part entière et non  tel un flanker, on trouve un joli parfum jeune et sexy, certes un peu sucré, mais réellement bien exécuté dans ces esprit: en effet, on ne peut y nier la qualité des matières premières. Quant à la Petite Robe noire 2,  je la préfère nettement à la première, je la trouve plus douce, moins gourmande, plus élégante, peut être pas novatrice, mais très agréable dans son genre. 

Shalimar Parfum Initial, qui sortira à la fin de ce mois, s'adresse, je présume,  aux jeunes filles qui n'oseraient pas s'essayer à Shalimar, telle une invitation à se laisser tenter par le fameux best seller de la maison Guerlain, comme un premier pas vers le plus célèbre des orientaux.  Il s'ouvre sur des notes hespéridées, bien que la bergamote soit moins présente que dans l'original, car c'est surtout un bel iris, ou plutôt beurre d'iris qu'on sent poindre nettement dès l'ouverture. Les notes florales moins perceptibles de Shalimar ont ici été poussées, (rose, jasmin) pour un effet assez différent de son grand frère. Si l'effet est plus floral, il est aussi nettement plus gourmand, notamment en raison de la présence de la fêve tonka, en note de fond, qui apporte une sensation moelleuse et ronde au parfum. Il n'est pas impossible que quelques notes fruitées, apportent un petit quelque chose de pimpant, pétillant à la composition.  L'effet  "rajeuni" est bien là, mais l'iris très présent lui confère ce charme poudré qui le distingue des parfums fleuris fruités ou  gourmands que l'on sent partout en ce moment. 

Il s'étire enfin sur des notes vanillées, addictives, si typiques de la maison Guerlain. Les notes de fond sont effet celles où l'on retrouve vraiment Shalimar, même si l'effet reste bien distinct d'un bout à l'autre de la composition.  Alors, oui, ce parfum lorgne vers le style jeune fille qui est en vogue, en ce moment, mais c'est très joliment orchestré. 

La petite robe noire ne m'avait pas emballée lors de sa sortie. Pas mon style de parfum, pas le registre où l'on attendait Guerlain, et puis un réglisse tellement présent qu'il m'évoquait trop Lolita Lempicka. Bien sûr, c'était bien fait, mais je n'ai pas accroché. La seconde version, tout juste sortie ou qui va sortir dans les prochains jours, tourne autour de la fleur d'oranger,  avec un côté guimauve, mais plus en finesse que la première, une jolie gourmandise légère en quelque sorte. Certes on reste dans un registre "accessible", mais c'est très "mignon". Il faut dire que les notes de fleur d'oranger et de vanille y sont pour beaucoup puisque ce sont des notes que j'affectionne particulièrement.  Des notes, fugaces, de bergamote en tête, une évolution où domine nettement la fleur d'oranger, élément central du parfum, relevé d'un côté très guimauve (on reste dans la gourmandise).  Cet effet a quelque chose d'amandé, voire un peu dragée.  On note aussi une facette poudrée,  probablement dûe à la présence d'iris dans la composition. Le fond s'alanguit sur des notes vanillées, musquées et légèrement cuirées, ce qui n'est pas pour me déplaire, apportant un peu d'originalité au parfum tout en contrebalançant le côté guimauve.  Sur touche cet effet fleur d'oranger et cuiré persiste longtemps et n'est franchement pas dénué de charme!


(nb: cet article vient d'être légèrement modifié suite à de nouveaux essais. )

mardi 18 janvier 2011

Nouvelle boutique pour les amoureux du parfum

Une nouvelle boutique a ouvert il y a plusieurs semaines maintenant, dans le quartier du parfum par excellence, Opéra.  Un nouveau pari donc, car d'autres s'y s'ont essayé auparavant, mais il semble qu'il soit difficile, à Paris, où tout est déja à portée de main, aux Galeries Lafayette ou au Printemps, sans compter les boutiques propres aux maisons elles-mêmes (Guerlain, L'artisan Parfumeur, ou Frédéric Malle pour ne citer qu'eux), de créer son propre établissement ici, plutôt qu'en Province par exemple. 

Pour relever ce défi, il semble que le meilleur choix s'avère de proposer des marques de niche, rares qui plus est, pour attirer une clientèle d'avertis.  Et c'est une bonne idée, puisque cela nous permet de découvrir des marques inconnues ou presque, dont François Hénin et son collègue, Hugo,  nous retracent l'histoire avec passion, le tout dans un cadre des plus somptueux. 


Outre diverses marques distribuées par Différentes Latitudes (Amouage, Frapin, Nobile, Isabey ...), on peut également y découvrir des maisons russes, une marque japonaise et bien d'autres curiosités ignorées ou presque, jusqu'ici.  Afin d'éviter l'atmosphère surchargée en effluves des parfumeries qui parasite l'essai d'une fragrance lorsqu'on souhaite s'en imprégner pleinement, il vous suffit de soulever le capot des flacons anciens pour sentir chaque parfum. 


Parmi les marques peu connues des perfumistas que l'on peut découvrir ici, je citerais Dorin, maison née au XVIII ième siècle, Grossmith, maison grassoise, dont les anciennes formules ont ressuscitées par Robertet, Mille et une Histoires de parfums, (avec l'assez original "histoire charnelle", un parfum à la note coco pas trop sucrée pour une fois sur un fond que l'on devine ambré), M. Micaleff, maison issue d'une histoire d'amour, dont j'ai beaucoup aimé le Gardénia, (mais j'en reparlerai). On y trouvera aussi Rancé, le parfumeur attitré de Napoléon, dont les flacons rappellent ceux, anciens, de Quelques Fleurs, d'Houbigant, Masaki Matsushima, une marque japonaise, et aussi Atelier Flou, une nouvelle marque de niche dont j'entendais murmurer la sortie depuis quelques mois déja. Au total, une quinzaine de marques sont illustrées ici, ce qui promet bien des réjouissances pour nous autres passionnés de parfums.



Et enfin, bien sûr, la marque éponyme de la boutique, Jovoy, relancée en 2006 par François Hénin ( également propriétaire de ce nouveau haut lieu de la parfumerie), qui se compose de sept parfums, dits "capitaux" aux noms correspondant aux différentes familles olfactives ("chypré", "poudré", "oriental", "boisé"...).   Je n'ai malheureusement pas pu tester la totalité des fragrances proposées, il y en a beaucoup, et en tester trop risquerait de me faire passer à côté de l'originalité d'un parfum, mais c'est un prétexte pour y retourner très prochainement. 

Mention spéciale à l'accueil  de chaque visiteur, on sent vraiment la passion et le souci de conseiller au mieux le client, ce qui est un réel plaisir.  A noter également que des ateliers olfactifs, sur réservation, sont ou seront dispensés à l'étage,( ce qui est assez innovant en un sens, puisque jusqu'ici, ce sont plutôt les marques, et non les distributeurs, qui proposaient des ateliers). 

Jovoy, 29, rue Danielle Casanova, 75001 Paris.


mardi 4 janvier 2011

Quoi de neuf chez Différentes Latitudes cet hiver?

Comme je l'avais annoncé cet été, Les Ailes du Désir, le dernier Frapin, (et qui est à tomber), devait sortir en 2010. Malheureusement, sa sortie a dûe être retardée, mais on peut l'attendre raisonnablement pour le mois de Février. 

Le dernier-né de la marque, réalisé par Bertrand Duchaufour, devra en revanche changer de nom, pour s'intituler 1697. Toutefois, sa composition reste fort heureusement inchangée, avec son ouverture "rhum arrangé" qui évolue sur des notes plus ambrées presque cuirées. C'est en fait le davana,  une matière première liquoreuse à souhait, légèrement fruitée, originaire du sud de l'Inde, qui est l'élément central de ce parfum.  J'attends donc impatiemment sa sortie pour pouvoir en parler plus longuement. 

Mais d'autres nouveautés déja disponibles sur le stand Différentes Latidudes des Galeries Lafayette nous permettent de patienter, qu'il s'agisse de l'Opus IV  de la collection Library chez Amouage, du dernier Memoir pour femme, sans oublier  des bougies de la même marque.  L'opus IV est un parfum mixte, épicé, avec ses notes de coriandre en tête, (associées au pamplemousse et à la mandarine), de cardamome, de baies roses et de cumin en coeur,  entourées de la rose. On y sent aussi une légère dimension arômatique, probablement en raison de la présence d'élemi et de feuille de violette. Le fond s'arrondit légèrement en raison de la ciste, et du baume du pérou, tandis que l'encens d'oman prolonge doucement l'effet épicé que l'on perçoit tout au long de l'évolution du parfum. Ces sensations proviennent néanmoins d'une impression sur touche, donc elles restent à préciser.

Autre nouveauté chez Amouage, le dernier "Memoir" pour femme, un chypre centré autour de la note absinthe, mais où l'on perçoit nettement la présence de la  rose et de  la tubéreuse sur un fond boisé. D'une texture très crémeuse sur peau, et très diffusant, ce chypre m'a immédiatement rappelé un parfum des années 80 mais sur le coup, impossible de me souvenir lequel.... Une impression fugace comme ça.. peut-être un petit côté Poison, tout en étant différent bien sûr....mais les notes épicées, la rose,  les fleurs blanches et le fond boisé m'en ont en tout cas évoqué le souvenir.


Robert Piguet propose également une nouveauté, Calypso, apparemment assez différent de l'original. N'ayant pas connu la version initiale, il m'est difficile de les comparer et d'apporter un regard objectif, néanmoins il s'agit d'une composition où l'iris est assez prononcé, associé à des notes fruitées (mandarine en tête, orange en coeur) , à la rose (rose de mai et rose bulgare), sur fond ambré, puisque l'ambroxan y est très présent, aux côtés du patchouli. Ce parfum offre un fort sillage, au charme poudré (du fait de l'iris et de la rose), tout en étant d'une écriture moderne, même si l'on peut être déçu de ne pas connaître une composition fidèle à celle d'origine.

Pour finir, si la marque Byredo a été assez prolifique côté sorties en 2010 (Tulipe, Palerme, M/Mink), elle a en outre décidé d'augmenter la concentration de ses eaux de parfum. C'est ainsi que Bal d'Afrique voit sa tenue s'affirmer, grâce à une concentration de plus de 20%, ce qui permet aux notes de coeur et de fond d'être plus présentes, faisant ainsi plus ressortir la "tagète", plante issue d'Afrique dont l'odeur est justement proche de celle du davana.

En quelques mots, pour résumer, rien de tel qu'un petit tour sur le stand Différentes Latitudes des Galeries pour bien commencer l'année!