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mercredi 8 octobre 2014

Petit tour d'horizon des nouveautés (automne 2014)

   Le mois de septembre s'annonce toujours riche en actualités pour le petit monde de la parfumerie. Lancements en tous genres, Salon Pitti qui se tient à Florence, Rives de la Beauté:  les occasions de découvrir de nouvelles fragrances ne manquent pas. Parce qu'on ne sait parfois plus où donner du nez, petite "smell-list" de rentrée pour mieux s'y retrouver (oui début octobre, pour moi, c'est encore la rentrée). 

 
  La Trilogie des Humeurs est une série de fragrances un peu à part au sein des Liquides Imaginaires. Tout droit sortis de la théorie d'Hippocrate, ces élixirs capturent nos états d'âme pour mieux les exalter, se penchant sur notre tristesse, caressant notre mélancolie... Pour éveiller nos envies de séduction, Phantasma nous met l'eau à la bouche avec un accord original de noisette. Parée de touches vertes pour un effet naturel, celle-ci s'habille des accents foin du narcisse, sur fond boisé (santal). Une gourmandise qui sait surprendre!

    Pour la rentrée, Coco Noir de Chanel se dévoile dans une version extrait. Ici le fruit se fait plus mûr et moins gourmand, laissant plus d'espace au coeur floral (rose, jasmin et géranium). Si le narcisse est toujours présent avec ses tonalités foin, cette interprétation souligne la dimension orientale de l'eau de parfum, les accents chyprés du patchouli joliment arrondis de vanille et fève tonka. Une facette très musquée s'impose également dans l'évolution. Chanel nous livre donc une vision plus noble, mystérieuse et affirmée de son Coco Noir, plus "femme" en quelque sorte.


 

   Vapeurs alcoolisées, univers teinté de bois et de cuir... Pour peindre l'atmosphère d'un fumoir pour gentlemans,  l'Architect's Club d'Arquiste use de la vanille et ses facettes liquoreuses, afin d'évoquer la rondeur chaleureuse d'un rhum. Les agrumes, les épices froides et les notes aromatiques viennent twister l'accord ambré de verdeur et de tonalités plus sèches, puisant dans l'amertume de certains cocktails. Dans la veine de l'Eau Duelle de Diptyque (que j'aime beaucoup), cette vanille s'enivre d'une dimension plus liquoreuse, sur un fond boisé fumé, pour nous transporter dans ce Club privé de l'Hôtel Claridge, en plein coeur de Londres,  qui a inspiré la marque.

  Avec French Kiss, Guerlain introduit un nouveau chapitre au coeur de la collection des Elixirs CharnelsInspiré du fameux rouge à lèvres de la maison, Kiss Kiss, ce parfum emprunte à La Petite Robe Noire sa cerise, ici moins gourmande, et à Lipstick Rose de Frédéric Malle son côté cosmétique et pimpant (rose, violette, iris, framboise). Oscillant entre l'espièglerie du premier, et le charme rétro des notes poudrées (très guerlain),  ce French Kiss est charmant dans son genre, un seul regret: que les gourmandises raffinées se fassent si rares (et de fait, coûteuses)  sur les linéaires des parfumeries.

   La maison de parfum Atkinsons était réputée pour ses colognes et ses produits de soin au 19e siècle à Londres. Dans la collection de cette maison fraîchement relancée, c'est l'Odd Fellow Bouquet qui m'a le plus séduite. A l'image des Ambre NarguiléBack to Black et autres tabacs miellés, ce parfum marie les arômes de tabac amsterdammer aux épices et aux notes ambrées du labdanum, mais renouvelle le genre avec une facette poudrée (très héliotrope) qui lui donne un charme particulier. Avec sa tenue impeccable et son sillage généreux, (peut-être un peu trop: bois ambrés et notes gourmandes), cet Odd Fellow Bouquet est un parfum à compliments.

   J'ai déja dit tout le bien que je pensais de La Panthère de Cartier ici, mais puisque le parfum s'est enrichi d'une concentration extrait pour la rentrée,  me voici presque "obligée" d'en parler à nouveau. La construction chyprée m'a semblé plus marquée, mais c'est surtout le caractère animal qui est au coeur du propos. Le félin devient "sauvage", avec des notes musquées plus intenses, qui "feulent"  dès les notes de tête. Le parfum s'adoucit dans l'évolution, petit à petit les rugissements se font miaulements. (Pour ne rien gâcher au plaisir, cet élixir s'offre un flacon sublime en guise d'écrin).





   Black Orchid est de ces parfums que je ne porte pas mais que je trouve intelligents. Ses notes flatteuses en font un parfum à succès, tout en étant intéressant sur le plan olfactif avec son identité affirmée et très facettée. Tom Ford réinterprète ce parfum séducteur à travers une version moins "vénéneuse" et troublante, mais qui gagne en douceur et en rondeur: Velvet Orchid. Un aspect liquoreux s'est glissé dans la composition, tandis que la facette fruitée est, semble-t-il,  moins présente. La fragrance est plus baumée, plus poudrée. Ni mieux, ni moins bien, Velvet Orchid révèle simplement un autre visage de son aîné, sans trahir son adn pour autant.

  Expression ultime de la patte Ellena, Cuir d'Ange, le petit dernier des Hermessences, esquisse un cuir duveteux et caressant. Il s'agit pourtant plus d'un vrai cuir que d'un daim, mais celui-ci se pose en douceur sur la peau, avec son iris et sa violette poudrée. Ce Cuir d'Ange puise un brin d'animalité dans les notes florales du jasmin, tout en restant d'une extrême finesse, comme un voile de cuir en quelque sorte. Si l'auteur explorait déja ce thème avec Kelly Calèche, à mon nez ce serait plutôt avec l'Eau de Narcisse Bleu que la fragrance partage des traits communs. Brillant, d'une élégance rare.

  Après Paradis Perdu,  le Studio de création Flair signe pour la seconde fois un parfum pour Frapin, Nevermore. Créé par Anne-Sophie Belaghel, ce dernier s'inspire d'un poème éponyme d'Edgar Poe, dont l'univers sombre et torturé se traduit olfactivement par un parfum un brin dérangeant, puissant et polarisant. Une rose centifolia jaillit dès l'envolée du parfum, un peu dure, métallique, poussée par les aldéhydes. Elle se pare de notes épicées (muscade, poivre, safran) pour se faire mordante. La fragrance revêt en fond les notes boisées-ambrées de l'ambroxan, du karanal, du santal et du cèdre. Enigmatique et intrigant.

   Elisabeth de Feydeau enrichit sa gamme de bougies Arty Fragrance  (inspirées de l'époque faste du Château de Versailles), d'un parfum, Le Rêve de La Reine. A l'image de Marie-Antoinette qui voulait "mettre le Trianon en flacon", la créatrice et historienne a imaginé une fragrance autour de la rose de mai, légèrement verte et fruitée, (framboise), résolument poudrée (iris, violette), sur fond arrondi de fève tonka et de muscs. Classique, féminin à l'extrême, et en cohérence totale avec l'univers de la marque.

    Pour finir cette playlist olfactive en beauté, sachez que Musc Tonkin a réintégré la gamme de Parfum d'Empire, dans une concentration eau de parfum très proche de l'esprit animal, charnel et audacieux de l'extrait. A défaut de pouvoir découvrir la 6eme création d'Olfactive Studio (il semblerait que des soucis juridiques liés à son nom retardent sa sortie en France), nous pouvons patienter avec sa version bougie, Ombre Indigo: une tubéreuse lovée dans un fourreau cuiré et gourmand.



lundi 1 juillet 2013

White Zagora, petit coup de coeur parmi les nouvelles Colognes de The Different Company

   The Different Company vient d'ajouter 3 nouvelles "Colognes" à sa collection lancée l'année dernière (Sienne d'Hiver, Tokyo Bloom, Limon Do Cordoza et  After Midnight).   C'est Emile Coppermann qui a, une nouvelle fois, signé cette collaboration avec la marque, toujours dans l'esprit de proposer des fragrances d'allure légère mais à l'évolution plus complexe qu'une cologne au sens traditionnel du terme. 

    C'est ainsi que Kâshân Rose, South Bay et White Zagara ont vu le jour, trois parfums créés respectivement autour d'une rose à la fois fraîche, fruitée et boisée, autour d'un pamplemousse sur lit boisé, et d'une fleur d'oranger aussi bien fraîche que lascive.

   De ces trois nouvelles fragrances, celle qui m'a le plus séduite est White Zagara, qui réconcilie  l'effet de fraîcheur d'une cologne avec la sensualité d'un accord floral blanc et épicé.  Cette dualité évoque celle de cet oasis éponyme, entre luxuriance et abondance, contrastant avec le début du désert où elle se trouve située.


 N'étant pas une adepte des colognes aux notes d'agrumes fraîches et pétillantes, je me suis pourtant laissée surprendre par l'agréable envolée désaltérante de White Zagora, légèrement citronnée mais surtout fleurie, où le néroli apporte ses tonalités plus innocentes que l'absolu de fleur d'oranger. D'ailleurs si l'on a cherché avec cette collection à détourner la cologne de sa structure classique avec une complexité cachée derrière une apparente simplicité, on remarque que c'est ici le néroli qui caractérise le départ de ce parfum, comme un rappel aux codes du genre, puisque le néroli, associé aux agrumes, est une note emblématique de la cologne.

  C'est bientôt la fleur d'oranger qui se glisse au coeur de la composition, dévoilant ses notes charnelles, miellées et solaires. Même s'il n'est pas listé dans la pyramide officielle, il me semble déceler du jasmin, qui associé aux baies roses, évoquerait un peu les effluves sensuels  fleuris épicés de Fleurs d'Orangers de Serge Lutens, mais qui auraient été ici comme plongés dans un bain de fraîcheur plus estival. Si la tubéreuse vient se joindre à la rondeur de ce bouquet de fleurs blanches, les accents verts et  abricotés de l'osmanthus ajoutent quant à eux un brin d'espièglerie et de candeur à la composition.

   Le parfum s'étire sur un fond plus ambré et musqué, mais sec, minéral, dans l'idée d'évoquer le désert qui jouxte l'oasis marocaine,  source d'inspiration du parfum. C'est d'ailleurs pour cette raison que le choix de la note majeure  s'est ici tourné vers la fleur d'oranger,  matière s'il en est emblématique du Maroc, et qui sait se faire aussi bien fraîche que sensuelle et féminine, or c'est justement ce qu'Emilie Coppermann souhaitait transmettre dans ce parfum: un sentiment de légèreté sans être dénué de volupté pour autant.







mercredi 17 avril 2013

La Parfumerie Alternative sonne le retour des beaux jours avec quelques nouveautés printanières.



     Vendredi dernier se tenait chez Jovoy la journée Presse ouverte aux journalistes et aux blogueurs, l'occasion pour les marques de présenter leurs nouveautés et de nous parler d'elles.



   En voguant d'une maison à l'autre au fil de cette journée, quelques rencontres ont retenu mon attention. Pour la première fois, à l'exception de L'Air du Désert Marocain, une création d'Andy Tauer m'a séduite. Non pas que ses parfums soient mauvais, bien au contraire, mais je n'accrochais jusqu'ici pas particulièrement à sa patte. Mais son tout dernier Noontide Petals, une variation sur le thème des floraux aldéhydés douce et printanière mérite qu'on s'y attarde. Le caractère un peu crissant des aldéhydes est adouci ici par un coeur floral crémeux  (rose, jasmin, tubéreuse), sur fond plus baumé (vanille, santal, patchouli coeur). 



   J'aimais déja beaucoup les créations de Mona Di Orio dans l'ensemble, pour l'âme et la profondeur qu'elles dégagent, sensation à laquelle la qualité des matières premières n'est pas étrangère.  L'échange avec Jeroen Oude Sogtoen, le "double" de Mona, (elle était le nez, lui le regard esthétique) m'a enthousiasmée puisqu'il m'a permis de découvrir une fragrance qui sortira à la rentrée 2013. Outre L'Eau Absolue dévoilée récemment par la marque, un hommage au Sud à travers des consonances plutôt vertes et fraîches, un peu épicées, qui fait la part belle aux notes arômatiques du basilic, une prochaine fragrance devrait voir le jour en septembre ou octobre prochain. Il s'agit d'un parfum composé par Mona pour Jeroen, autour d'un accord violette-tabac miellé, assez poudré, et très très joli. Je n'ai pas plus d'informations mais j'ai hâte. 

   Avis aux amateurs de fleurs blanches, le tout nouveau Gardez-moi de Jovoy devrait vous séduire. Il s'agit d'un gardénia composé par Bertrand Duchaufour, dont on retrouve l'empreinte fruitée dans les notes de tête. Plutôt vertes et aqueuses ici, avec un petit effet banane-acetate de benzyle, elles laissent la fragrance s'arrondir autour d'un bouquet floral blanc, (jasmin tubéreuse ylang ylang), très salycilates. Le fond plus baumé signe la composition  d'un sillage tenace. Pour la petite histoire, le nom reprend celui d'un ancien parfum de la maison, sorti en 1926 durant cette époque de frénésie que furent les années folles.  Contenu dans un superbe chat noir en cristal baccarat, ce flacon rarissime doit valoir  aujourd'hui une sacrée somme aux enchères chez Drouot.



    
     Le Printemps se fait enfin sentir, c'est donc l'occasion, depuis peu,  de découvrir Caligna, une ballade dans l'arrière-pays grassois que nous propose l'Artisan Parfumeur.  Tout à fait de saison, cette fragrance arômatique où la sauge sclarée est à l'honneur, nous entraine vers un univers boisé (grâce à cette matière première assez récente qu'est le chène), tout en sentant en chemin des effluves de jasmin et de figue. L'ensemble est assez à l'image de l'univers de la marque, bucolique et champêtre. 

   
   

jeudi 21 février 2013

Plusieurs lancements à suivre dans la Parfumerie alternative

   Entre un déménagement, un nouveau travail et des textes à écrire, j'essaie de trouver le temps de vous parler des dernières nouveautés qui rythment ce début d'année côté niche. Frédéric Malle et son Dries Van Noten, qui vient tout juste de sortir, et dont on murmure les notes depuis plusieurs semaines déja, L'Artisan parfumeur et son Caligna qui sortira en avril prochain, et enfin, le tout dernier Olfactive Studio dont le lancement avait lieu mardi dernier.
   C'est autour du traditionnel accord pamplemousse-vétiver qu'ont choisi de broder Céline Verleure et le parfumeur Olivier Cresp pour ce 5ème opus de la marque. Ici l'originalité consiste en l'ajout d'une belle note rhubarbe qui apporte du peps et de l'espièglerie à un genre plutôt sobre et classique.  La fraîcheur acidulée et piquante des notes de têtes, prolongée par la note pomme, relevée d'un effet épicé-poivré,  contraste avec l'aspect fumé et sombre du vétiver.  Comme à chaque fois, la fragrance est mise en perspective avec une photographie, ici un travail intéressant de Laurent Segretier, autour d'un cliché pris à travers du verre brisé, éclaté, pour un rendu original et assez captivant.


   On ne peut pas dire qu'on abuse de la nouveauté chez Frédéric Malle pour attirer le public, bien au contraire, on mise plutôt sur une certaine sobriété. Aussi, les rumeurs alimentant l'existence d'une nouvelle création furent nombreuses l'an dernier, chacun y allant de son pronostic sur le parfumeur ou le genre de la future fragrance (floral muguet, boisé etc...).
   Il s'agit en fait d'un boisé épicé gourmand, construit autour d'un santal crémeux et lacté, composé par Bruno Jovanovic, en hommage à l'univers de la marque Dries Van Noten, (dérogeant ainsi au concept habituel des éditions de parfum).
  La première fois que je l'ai senti, sur la peau de quelqu'un d'autre, il m'a fortement évoqué la bougie Russian Nights de Sophia Grosjman.  Sur la mienne toutefois, cette impression se dissipa assez vite, pour laisser place à un départ boisé et gourmand, (santal, vanille), mais aussi épicé (cannelle), plutôt savoureux. J'aurais presque pu penser à Bois des Iles de Chanel,  mais le rendu est au final assez différent, malgré un départ aux accents pains d'épices et fruits confits, renforcé dans la gourmandise par la note caramel de l'éthyl maltol. On note aussi d'après les dossiers de presse l'ajout d'une   molécule sulfurol pour renforcer l'aspect "biscuit" du santal.                                                      


   L'évolution est très surprenante, puisqu'en coeur j'ai la sensation soudaine d'entrevoir le spectre de Dans tes bras, avec son aspect champignon-peau salée. C'est probablement la violette présente dans cette fragrance qui fait écho à la facette feuille de violette- octine du parfum de Maurice Roucel, mais c'est assez surprenant voire déconcertant lorsqu'on ne s'y attend pas.  Pendant une bonne heure, je sens alternativement un santal gourmand et épicé, puis la base de Dans Tes Bras, m'empêchant ainsi de saisir  l'effet d'ensemble à la composition. Dommage,  les notes de tête étaient assez prometteuses. Le fond s'éteint presque, pour laisser place à un effluve tantôt vanillé, tantôt terreux, plutôt indistinct,  bref il semble que définitivement,  ma peau ne rende pas justice à ce parfum.

   Au-delà de son évolution, le parfum dégage de bout en bout une sensation compacte, que je n'ai d'abord pas comprise, avant qu'une amie plus piquée de mode que moi m'explique que cela collait parfaitement aux créations de Dries Van Noten.  En outre, il semble que Frédéric Malle ait voulu traduire l'atmosphère confortable et chaleureuse de l'univers flamand de la maison de mode par un accord gourmand et épais,  en ce sens c'est réussi.  Dommage que sur ma peau, la composition s'effondre aussi rapidement.

  Un autre lancement est à prévoir au début du printemps prochain, chez L'Artisan Parfumeur,  évoquant une promenade dans l'arrière pays grassois. Des notes de figue, de jasmin, de chêne, mais surtout de sauge ponctuent cette ballade, mais je vous en dirais plus prochainement.