jeudi 6 septembre 2012

Nouveau parfum: Coco Noir, de Chanel.




 Coco Noir, le dernier-né de Chanel, est l'un des lancements les plus attendus cette année. Revendiqué comme un "oriental lumineux", Coco Noir s'inspire de l'univers baroque de Gabrielle Chanel et des influences byzantines qui ont jalonné son oeuvre. En effet, à la mort de son amant Boy Capel, ivre de douleur, Coco Chanel visite Venise, et revient particulièrement inspirée par cette ville. 


 Ce souffle baroque, c'est d'abord dans Coco, créé en 1984, qu'il s'exprime chez Chanel. Dans la lignée olfactive des orientaux fleuris - épicés, au patchouli plus prononcé que la vanille,  tels Opium YSL, Youth Dew d'Estée Lauder et Tabu de Dana, Coco est un très bel oriental fleuri-épicé. Rose et ylang-ylang se mêlent en coeur pour la facette fleurie, sur un fond ambré et légèrement chypré.Le tout épicé de cannelle et clou de girofle, sans oublier cette note fruitée (pêche), qui achève de donner sa personnalité à la fragrance.


  Or cette note de fruits confits, associée à un fond sensuel, boisé-ambré-musqué, velouté, on la retrouve initialement dans le sublime Bois des Iles, créé en 1926, qui inspirera, bien des années plus tard, le masculin Egoiste.   
   
  Revenons au XXI ème siècle, où verront le jour, entre autres, deux créations féminines, dont un best-seller mondial, Coco Mademoiselle, en 2002, puis en 2008, Allure Sensuelle, que personnellement j'aime beaucoup, mais au succès plus réservé.  

   Pour Coco Mademoiselle, le parfumeur de Chanel, Jacques Polge, a exploité la facette fruitée de Coco, en étirant l'aspect "pêche", sur un coeur floral, tout en mettant l'accent, en fond, sur le patchouli. Cette création lance alors la mode de ce qu'on appelle les  "néo-chypre". 
  Sans le savoir, Jacques Polge influence largement alors un grand nombre de parfums féminins dans la foulée, généralement moins réussis, plus grossiers, sirupeux, que l'on qualifie souvent de "fruitchoulits", surfant sur le succès de Coco Mlle, mais le plus souvent très ennuyeux et peu qualitatifs.

  Quatre ans plus tard, et près de dix ans après Allure, voit le jour Allure sensuelle, avec pour égérie la très belle Anna Mouglalis. Or j'ai pour ma part toujours trouvé, hormis l'aspect piquant et montant des bois ambrés, qu'Allure sensuelle tenait  plus de Coco que de son prédécesseur Allure. En effet, Allure Sensuelle est une création facettée, où l'on retrouve la touche fruitée de Coco, avec la prune, bien que moins marquée, autour d'un coeur floral,  paré de notes épicées, sur un fond ambré et boisé. 

     Pourquoi évoquer ici toutes ces fragrances plutôt que de décrire tout simplement Coco Noir?
    Si j'ai pris la peine de retracer toutes ces créations antérieures, c'est qu'il me semble qu'il existe, de manière simplifiée, deux styles Chanels, d'un côté le grand floral aldehydé dans la veine du N°5, de l'autre, un style plus sensuel, oriental-boisé-chypré, avec des tonalités  fruitées, dans la veine de Bois des Iles et de Coco. 
   Or, dans cette vision, Coco Noir est une suite logique dans la partition de Chanel, assombrissant  d'un fond ambré Coco Mademoiselle, à mi-chemin entre ce dernier et Coco, tout en ayant un petit quelque chose d'Allure sensuelle. Certes, on peut émettre des réserves quant au fait qu'on n'explore pas ici un registre innovant.  Mais on peut aussi considérer qu'il s'agit d'une "variation sur le même thème", qualitative, et manifestement "témoin" d'une certaine expression de la patte de Jacques Polge, qui aurait pris naissance à l'époque de Coco, en passant par Coco Mademoiselle et Allure sensuelle, pour arriver à Coco Noir.

   Coco Noir s'ouvre donc sur des notes de têtes hespéridées, (bergamote de calabre, pamplemousse) rappelant le départ de Coco Mlle. Il semble également qu'on ait glissé de la pêche vers une facette fruits rouges, même si ce n'est pas revendiqué dans la pyramide.
  S'ouvre alors un coeur floral, de rose et de jasmin, auquel le géranium, spécialement cultivé à Grasse pour l'occasion, apporte un peu de mordant. C'est d'ailleurs à ce stade que je sens une filiation avec Allure Sensuelle.  Le mariage rose-jasmin avec le géranium et le narcisse, alors qu'on sent poindre un  fond plus rond, me fait l'effet d'un clin d'oeil à cette fragrance.
  Le fond nous entraîne plus vers l'univers de Coco que du "Mlle", test à l'appui, sur la peau et sur mouillette le lendemain matin, et je préfère nettement cette phase aux notes de têtes. C'est un parfum qu'il faut laisser évoluer, car la fève tonka apporte de la rondeur et de la sensualité à la composition. Les notes de fond ambrées et vanillées, (l'aspect chypré en moins) font la part belle   au patchouli,  fidèle à ses aînés. Dans la veine d'Allure Sensuelle, Coco et de sa déclinaison Mlle,  ce Coco Noir est une création facettée, entre la gourmandise-fruitée dans l'air du temps, l'aspect fleuri, et la sensualité orientale des notes de fond, pas forcément novatrice, mais exprimant la continuité d'un fil conducteur dans l'univers Chanel. 



    
  

lundi 20 août 2012

Etat Libre d'Orange a-t-il une signature olfactive?


   Une empreinte poudrée,  baumée, sensuelle  qui rime avec Guerlinade,  un sillage aldehydé, aérien et élégant qui signe Chanel. Notes boisées et épicées pour Lutens,  effluves délicats et poétiques chez L’Artisan Parfumeur :   la plupart des maisons de parfums ont une « patte » maison.
  Et pour Etat Libre d’Orange ? Quelles sont les notes communes aux parfums de la marque ?
  Des aldéhydes métalliques que l’on retrouve principalement dans Sécrétions Magnifiques, et ses notes de tête crissantes à l’odeur de sang, mais aussi dans l’Eau de protection de Rossy, où la rose bulgare se fait mordante, comme parée d’épines piquant la peau.  Ces mêmes aldéhydes que l’on retrouve dans Malaise of the 1970’s pour rendre l’effet électrique,  grinçant et amer des seventies qui touchent à leur fin.


   Des épices, beaucoup d’épices. Les baies roses et l’encens d’Archives 69, parfum signature de la boutique du Marais,  la coriandre de Fils de Dieu, le gingembre et l’immortelle qui donnent toute sa personnalité brûlante à Like This De la cannelle sexy et aguicheuse de Noël au Balcon, au clou de girofle qui insuffle du caractère au départ cologne de Je Suis un homme, les épices pimentent la narration olfactive. Elles façonnent et étoffent une fragrance,  jusque dans Rien où le poivre, le cumin  et les facettes épicées de l’encens attisent un cuir dense et complexe.


  
     

      Mais évoquer Etat Libre d’Orange sans les notes animales et cuirées qui ponctuent ses parfums, c’est passer à côté de l’essentiel.  Au-delà du caractère hautement sexuel de  Secrétions Magnifiques et son accord lacté, il suffit de sentir Vierges & Toreros et son odeur bestiale de costus pour s’en convaincre. Ou encore de percevoir les notes de civette et de jasmin indolé qui rendent Charogne  unique. Ces notes animales un peu sexuelles, on en retrouve un peu partout, du fond musqué d’Archives 69, à la note de cumin évocatrice de luxure dans Putain des Palaces, en passant par le castoreum  sous l’apparente fraîcheur de Fils de Dieu.




    Animales mais aussi cuirées, ces notes de fond signent bon nombre de créations de la maison.  Si Rien est ostensiblement construit autour du cuir, plusieurs parfums en font une facette, comme Je suis un homme par exemple. Parfois le cuir se dessine plus souplement,  qu’il s’agisse de Tom of Finland et sa note daim, tout comme Vraie Blonde, Putain des Palaces ou Dangerous Complicity, mais il reste toujours ce fond un peu particulier qui donne tout leur caractère aux parfums d’Etat Libre d’Orange.


Une pincée d’aldehydes aux accents métalliques, des accords épicés et piquants, des notes de fond animales et cuirées : telle serait donc l’empreinte  « maison » des fragrances d’Etat Libre d’Orange.


mercredi 8 août 2012

"Sous le soleil exactement": Lumière Blanche, Olfactive Studio.

  Je souhaitais en parler bien avant, mais ces dernières semaines se sont avérées assez chargées, laissant beaucoup de projets d'articles inachevés. Néanmoins, Lumière Blanche est un de mes derniers coups de coeur en date, (avec le prochain Volutes de Diptyque, à venir, entre autres). 

 Dans l'idée chère à la marque Olfactive Studio de lier l'univers de la photographie à celui du parfum, afin de lier la vue et l'odorat, Lumière Blanche traduit l'émotion que l'on peut ressentir devant une magnifique photo de Massimo Vitali d'une plage de sable blanc au large des côtes italiennes.

  
Lorsque j'ai senti ce parfum pour la première fois, à l'occasion de son lancement au mois de juin, c'est l'odeur douce et lactée du santal qui m'a sauté au nez. J'ai ensuite tourné les yeux vers la photo qui a inspiré la fragrance, et j'ai été saisie par l'adéquation de cette illustration. Celle-ci nous montre une plage dont le sable est si blanc qu'on pourrait croire de prime abord à un glacier, s'il n'y avait tous ces baigneurs en maillot de bain qu'on aperçoit au loin. Or Céline Verleure a très bien exprimé cette impression de chaud-froid qui se dégage de cette  photo à travers ce nouveau parfum. 


  Ce contraste tient en partie aux notes d'épices froides de la cardamome en tête, soutenues par un effet légèrement anisé, et contrebalancées par la douceur d'un accord "lait chaud" et un santal onctueux. L'iris étire l'aspect un peu froid des notes de tête,  tandis que la fève tonka apporte ses facettes chaleureuses et baumées en fond, pour assouplir et arrondir la fragrance. Le cèdre achève de dessiner les contours boisés du parfum en se fondant totalement avec le velouté crémeux du santal. Seul le cashmeran vient équilibrer le fond soyeux avec son côté  un peu "sec".

   A la fois lumineuse et chaleureuse, Lumière Blanche est une ôde à la douceur de vivre,  à la lumière irradiante du Soleil, un parfum de bien-être, rassurant, mais qui réconforte sans gourmandise aucune,  en jouant simplement des nuances des notes boisées associées à un accord lacté. 


  
   

dimanche 24 juin 2012

Une matinée chez Symrise: la Chine, ce marché qui fascine les marques

Il y a un peu plus de deux semaines, Symrise avait invité une poignée de blogueurs et de personnes évoluant dans l'univers du parfum dans ses locaux. L'idée était de nous convier à une présentation vouée à explorer les futures tendances des consommateurs, mais aussi d'approcher de plus près ce pays auquel les marques font les yeux doux: la Chine. 

Je ne relaterai pas ici l'analyse mega trend sur les tendances de consommation car c'est un peu difficile de la résumer en un post, (même si c'était très pertinent), mais j'ai trouvé intéressant d'évoquer la Chine. En effet, cette puissance captive l'attention des grandes maisons de parfum, il n'y a qu'à en juger par la plupart des sorties mainstream d'un style hespéridé-arômatique frais destinées, en partie, à conquérir le marché asiatique. Mainstream, mais aussi de niche, comme  en témoigne la Collection Asian Tales By Kilian. 

A l'origine de cette analyse, le voyage de Symrise en Chine, pour les trente ans de cette société de création. Le but n'était pas de créer des parfums pour ce pays, mais plutôt de s'inspirer de ce que la Chine peut nous offrir, en termes de matières premières nouvelles ou de culture.

Quelques constats de base d'abord: la cosmétique, pour les chinois, c'est avant tout le domaine du personal care: soin et du maquillage. Leur conception d'une fragrance diffère de la nôtre, pour eux, le parfum c'est avant tout le respect des autres. Et on l'aura remarqué, lorsque les grandes marques s'adressent aux asiatiques, c'est à travers des parfums frais,  des notes aériennes, bref des fragrances qui ne nous parlent généralement pas trop, nous autres perfumistas en mal de compositions affirmées, sensuelles ou complexes.  Néanmoins, d'après cette analyse, cette tendance pourrait évoluer, les plus jeunes générations s'ouvrant peu à peu à des fragrances plus capiteuses, plus signées. (Peut on y voir un signe d'espoir??)

Le propos de Symrise ici était de dénicher des accords novateurs pour la parfumerie en s'inspirant des matières premières que peut nous offrir la Chine : différentes variétés de jasmin  (jasmin sambac) ou de magnolia (plus aqueux), par exemple, mais aussi de leur culture. En effet, de la même manière que nous avons nos parfums sucrés et gourmands, pourquoi ne pas s'inspirer des habitudes tasty de ce pays pour innover?  Ici il peut s'agir notamment de combinaisons de notes fruitées et épicées. A cette occasion nous avons senti un accord travaillé autour du riz et d'une note fruitée un peu ananas, de mémoire, très originale, surprenante et dépaysante. 


Mais la Chine, c'est aussi le thé, bien sûr, et ce fût l'occasion de découvrir des essais autour du Pu Er Tea, ce thé traditionnel post-fermenté qui doit son nom à la ville de Pu'Er, dans la province chinoise du Yunnan.  L'accord construit autour de cette note "thé" était à la fois terreux et animal, boisé et fumé. Ce qui ouvre des voies intéressantes: on peut imaginer que cette note  pourrait constituer, à l'avenir, une sorte de oud asiatique, permettant de travailler des compositions  autour d'une note animale mais ici d'origine chinoise.


Au cours de cette matinée, nous avons également senti un accord construit autour du ginseng,  ce produit aux vertus énergisantes. Cet accord doux-amer  se mouvait entre amertume et sucre, avec un léger côté épicé rappelant la cannelle.

Au final, l'idée était surtout de montrer ce que ces accords innovants pouvaient apporter aux domaines du beauty care et de la fine fragrance, de mettre en avant les nouvelles tendances qui pourraient émerger de ces inspirations. Quelques exemples: une proposition d'accord pour un gel douche travaillé autour d'une note acide de gingembre, avec un effet "coca",  et d'une nouvelle molécule issue du thé vert, mais aussi l'accord riz-fruit évoqué précedemment,  retravaillé d'une manière volontairement plus féminine, et plus florale, qui pourrait constituer une piste intéressante pour des compositions de la fine fragrance. Ou encore pour les hommes, un travail autour de l'eucalyptus, dont on a atténué l'effet médicinal au profit de sa fraîcheur et sa douceur, sur un fond boisé. 


Bref, des pistes à suivre pour les années à venir!


















mardi 15 mai 2012

Oriental Lounge, The Different Company

A l'occasion de la sortie des quatre nouvelles Colognes de The Different Company, (dont j'aime assez Sienne d'Orange, même si ce n'est pas mon registre habituel), j'ai eu envie de me replonger dans la gamme des parfums déja existants de cette maison. 

Si c'est aujourd'hui Bertrand Duchaufour, puis Emilie Coppermann qui ont repris le fil créatif de la marque, ce sont d'abord Jean-Claude Ellena, puis sa fille, Céline Ellena, qui ont initié les premières fragrances de The Different Compay. 



Parmi celles-ci,  plusieurs me plaisent,  comme Jasmin de Nuit,  (Céline Ellena), une composition originale autour du jasmin, qu'on aurait dépourvu de ses accents indoliques au profit d'un musc assez animal en fond, paré de notes ambrées  mais surtout épicées.  Leur Bergamote est aussi très jolie, tandis que Sel de vétiver, De Baschmakov et Sublime Balkiss sont autant de créations  originales et réussies. 


Mais fidèle à mon goût pour les orientaux, c'est Oriental Lounge  (Céline Ellena également), que j'avais envie d'évoquer,  notamment pour la réécriture originale du genre qu'il propose, mais aussi pour sa note prononcée en fond de labdanum, une de mes matières premières préférées (bon, avec la vanille, l'iris, le jasmin....).

La première chose qui saute au nez lorsqu'on sent Oriental Lounge, c'est cette note de curry en tête, qui, non contente d'ajouter d'emblée une dimension épicée au parfum, procure immédiatement un effet un peu "sec", qui peut surprendre dans un registre ambré où les les notes s'étirent souvent sur un fini baumé, poudré-crémeux et langoureux.  Cela donne également un curieuse sensation  "végétale", pas au sens "vert" du terme, mais au sens d'une impression de toucher quelque chose à la texture d'une feuille, naturelle.  


L'autre surprise est de ne pas y trouver la traditionnelle note de vanille, quasi indissociable de la famille des orientaux, ou du moins si discrète ici qu'on la distingue à peine.  C'est  d'ailleurs plutôt l'ambre qui domine, et plus exactement le labdanum. (Rappelons que l'ambre à proprement parler n'existe pas, ce que nous appelons note ambrée dans un parfum résulte généralement d'un mélange de vanille, de benjoin, de labdanum et parfois de patchouli). 



Au-delà de ce tandem feuille de curry/labdanum, ce parfum exprime toute la sensualité du genre "oriental" avec d'autres matières telles que la rose, en coeur, mais aussi la cannelle, étirant ainsi la sensation épicée du départ. Peu à peu au fil de la composition, l'effet "sec" s'atténue, s'épanouissant doucement dans ce fond ambré, sensuel,  arrondi et alangui de fève tonka et de santal, (ou du moins une matière première peut-être synthétique, mais à l'effet "santal").


Tout au long de son évolution, Oriental Lounge déploie des accents dorés/moirés, épicés (presque piquants)  et ambrés, avec une densité assez compacte, sans pour autant jamais dégager un sillage étouffant. 



vendredi 30 mars 2012

Le romantisme à l'honneur chez Etat Libre d'Orange


Le petit dernier d'Etat Libre d'Orange explore un genre très féminin, celui des grands pafums à l'aura  affirmée. Riches et complexes,  dotés d'un  sillage puissant, ils ont fait la beauté d'une parfumerie telle que l'on a pu la connaître avant l'ère des parfums liftés par des tests marketing,  les privant ainsi d'une personnalité forte.

Tout en reprenant les codes d'une parfumerie classique, Etat Libre d'Orange, en collaboration avec Mathilde Bijaoui, qui avait déjà travaillé sur le primé et très original Like This, renouvelle le genre  avec sa « patte maison », à l'aide de notes agrumes piquantes,  (bergamote, citron), légèrement épicées (baies roses), sans oublier d'y ajouter sa signature, un effet un peu animal que l'on retrouve dans bon nombre de ses créations.

L'envie d'un parfum aux faux-airs de "guerlinade" , modernisée, un parfum faussement désuet, faussement sage,  dont le titre évoquerait cette réplique célèbre,  issue de la bande dessinée La Ballade de la mer salée, d'Hugo Pratt, "Adieu, Bijou Romantique", trottait depuis longtemps dans la tête du créateur de la marque, Etienne de Swardt.  Autour de l'idée d'une personnalité facettée, que l'on va travailler pour en faire ressortir toutes les subtilités, telle une pierre précieuse à l'état brut, que l'on aurait ciselée pour en proposer un bijou serti, s'est esquissée la fragrance d'une fausse ingénue, un parfum complexe et facetté qui nous plongerait en plein coeur du romantisme du 19ème siècle, à l'époque de Musset ou de Georges Sand.


Et cette image se traduit ici olfactivement par un parfum floral oriental poudré, empreint d'un coeur composé d'ylang-ylang et de jasmin, paré de notes pétillantes et hespéridées en tête, sur un fond très baumé, où l'absolu de vanille domine, aux côté du benjoin et du patchouli, mais aussi de notes poudrées telles que l'iris, assez présent. Pour moderniser ce coeur floral, tout en le rendant plus lascif,  Mathilde Bijaoui y a ajouté  un zeste de noix de coco, (jungle essence),  qui, marié aux notes vanillées, peut donner un effet légèrement "chocolaté" sur certaines peaux. 

Si l'on peut y voir  une construction plutôt traditionnelle au prime abord,  c'est heureusement sans compter la trame souvent animale et sexuelle que l'on retrouve dans plusieurs créations de cette marque. On distingue en effet cette base un peu charnelle,  typique de cette marque, légère mais présente, en filigrane. La vanille exhale ses charmes féminins et sensuels tout au long de l'évolution du parfum, bien qu'elle s'exprime plus nettement sur peau que sur touche. En effet, sur touche, l'envolée pimpante hespéridée en tête subsiste plus longuement, la touche de baies roses se distingue plus volontiers, ainsi que l'accord solaire ylang-ylang - noix de coco qui y est  plus présent. Sur peau, ce sont  les notes de fond baumées et poudrées qui s'affirment le plus,  laissant le reste plus en sourdine.

Tel un parfum-bijou exaltant toute la féminité de celle qui le porte, cette nouvelle fragrance d'Etat Libre d'Orange semble se fondre à la peau, comme un kaléidoscope, pour faire ressortir les différents visages que l'on possède tous. 



A découvrir au 69 rue des Archives, et désormais également sur le corner d'Etat Libre d'Orange à la Scent Room du Printemps, notamment le temps d'un cocktail prévu à cet effet, le jeudi 5 Avril prochain.



lundi 5 mars 2012

Profumum Roma débarque à Paris

La Scent Room du Printemps, véritable Temple du parfum, a récemment été "rénovée", pour accueillir la plupart des marques de niche existant actuellement sur le marché. Désormais, des maisons telles que Caron, Lutens, Goutal ou l'Artisan Parfumeur cotoient aussi bien Frédéric Malle, que Francis Kurdjian ou Etat Libre d'Orange.

Parmi ces nouvelles arrivées, on peut remarquer celle de la marque italienne Profumum Roma, inaccessible en France jusqu'ici, (si ce n'est un bref passage chez Aepure, avant que cette boutique ne mette la clef sous la porte). 





Cette entreprise familiale,  créée en 1996 en Italie, s'est d'abord fait connaître avec Acqua di Sale, (devenue depuis son best-seller en Italie), un parfum frais et iodé, aux notes salées et salycilées.

Cette marque se distingue par des flacons à grande contenance, aux fragrances très puissantes et tenaces. En effet, le pourcentage de concentré de parfum est très élevé,  (plus de 30%), offrant ainsi un beau sillage et une tenue irréprochable, voire hors du commun. Cette large gamme de fragrances, pour la totalité composées par la famille Durante, s'étend des hespéridés aux boisés ou épicés, en passant par quelques fruités  (notamment autour de la figue tel qu'Ichnusa), ou gourmands (Vanitas, Acqua E Zucchero).



Parmi celles-ci, celles qui m'ont le plus marquée sont Arso, Suavissima, Tuberosa ou Fiori d'Ambra. Arso est un parfum original aux notes résineuses, boisées, fumées voire cuirées en fond. Ce n'est pas du tout mon registre, mais je pense que c'est un des plus intéressants de la gamme. J'y sens du pin, de l'encens, des notes boisées telles que du cèdre ou du vétiver peut-être (mais dans ce cas un vétiver fumé type Java), et un fond cuiré, peut être grâce au styrax. La philosophie de la marque étant de retranscrire un moment vécu, une sensation, grâce à une émotion olfactive, Arso se veut évoquer un moment passé au coin du feu,  dans un chalet à la montage, en dégustant un verre de vin, .... en bonne compagnie.

Soavissima, un poudré qui ravira les adeptes de Teint de Neige, de Villoresi, est un joli féminin, censé représenter une femme descendant les marches sous un chapeau, dont on ne distinguerait pas le visage.  Sous des volutes très "talc", sans doute composées d'héliotropine, d'iris, et de vanille en fond, ce parfum est également très "fleurs blanches", autour du jasmin et de la fleur d'oranger. J'y perçois également un effet "cosmétique", autour de la rose.

Fiori d'Ambra, Tuberosa, et deux compositions autour de la figue (mais dont Jicky, sur son blog, vous parlera prochainement mieux que moi, puisque nous avons décidé de réaliser un billet croisé autour de cette maison), sont également intéressantes à découvrir. Et c'est, surtout, l'occasion de passer faire un coucou à Valérie, l'ancienne démonstratrice du stand Différentes Latitudes aux Galeries, qui vous présentera cette marque avec l'enthousiasme et la passion qu'on lui connaît.