mardi 4 octobre 2011

De bonnes surprises pour la rentrée côté parfum.


Une fois n'est pas coutume, je trouve la rentrée riche en  émotions côté parfums. En effet, qu'il s'agisse de niche ou de mainstream, le mois de septembre nous a réservé quelques bonnes surprises. Trois parfums ont particulièrement retenu mon attention: Love eau intense de Chloe, Mon parfum Chéri d'Annick Goutal, et enfin, le Baiser volé de Cartier.

Love, eau intense n'a rien perdu de cet accord poudré et très propre, évoquant le gel douche Dove, en tête, qui caractérisait l'original, sorti en septembre dernier. Mais cet effet à la fois sage, propret, poudré, cotonneux, est ici comme  dévergondé de notes baumées et sensuelles en fond, délaissant le style féminin sage et chic de son aîné pour une eau de parfum plus séductrice et plus aguicheuse. Comme si cette version intense était le pendant nocturne du permier Love, Chloe.  On retrouve l'accord aisément identifiable de son aîné en tête, mais celui cohabite très vite avec un coeur et un fond enrichis en notes orientales.  Les notes de fleur d'oranger sont toujours  présentes, aux côtés de cet accord cosmétique rose-violette caractéristique des notes poudrées, d'odeur de maquillage et de talc. Mais si l'on reconnaît facilement cet accord, et donc la trame de l'original,   s'ajoutent de l'iris, (l'héliotrope y est aussi accentué), et surtout, un fond ambré, où la vanille joue la vedette aux côtés d'autres notes baumées, qui achèvent de donner ce charme sensuel et sexy qui manquait un peu au premier opus.


Le Baiser Volé, de Cartier, s'éloigne du registre du désormais regretté Baiser du Dragon, mais n'en reste pas moins une belle création, assez en marge de ce qui se fait en mainstream aujourd'hui.  Créé autour de l'idée d'un beau lys, fleur dont on ne peut extraire l'odeur à l'état naturel et dont il faut en restituer l'effet par d'autres procédés, ce parfum s'ouvre sur des notes un peu vertes, avec un effet "croquant", et un peu laiteux qui me rappelle vaguement Amaranthine. Peu à peu, le lys s'impose, dévoilant ses facettes "fleurs blanches" et épicées.  Je ne sais pas si ce lys a été ici reproduit à l'aide du headspace ou si on l'a reconstitué à l'aide d'autres fleurs blanches telles que l'ylang-ylang, mais ici ses aspects salés, que l'on retrouve dans Lys Méditerrannée de Fredéric Malle , sont délaissés au profit de notes épicées presque poivrées,  et d'une évolution poudrée, asssez inattendue pour ce registre. On distingue du galbanum en tête, de l'yang-ylang, pour l'effet bouquet floral, de l'eugénol, des notes poudrées telles que l'iris ou l'héliotropine, de la vanille en fond. L'effet est à la fois chic, sage, élégant, et empreint d'une certaine personnalité tout en restant dans un registre sobre.







Mon parfum Chéri m'avait beaucoup intriguée lors de son lancement en juin dernier,  car ses notes à la fois terreuses et presque "poussiéreuses" se déroulant vers une évolution plus fruitée (prunol), et poudrée (iris, héliotropine) en faisaient un parfum original et facetté.  Il me  faisait l'effet d'une fragrance tout droit sortie des années 40, rappelant les chypres de l'époque, avec cet effet un peu "fourrure", très Femme.  Cette structure très facettée fait que selon les jours où je le sens, certains aspects ressortent plus que d'autres. Aujourd'hui par exemple, c'est cet effet irisé, poudré, qui m'interpelle, m'évoquant des robes satinées, quelque chose de très féminin, d'autres fois, ce sont plutôt les accents terreux du patchouli et l'effet presque champignon, végétal de la feuille de violette, (et de l'octine, peut-être?),  qui me sautent au nez.  Deux aspects au prime abord assez éloignés qui cohabitent ici pour un effet tout en contraste: la féminité, le frôlement d'une robe en soie, en satin, qu'expriment les notes poudrées, cotoyant quelque chose de naturel, un peu "brut". Cet ensemble crée quelque chose de nouveau, jamais senti auparavant, même si bien sûr, Mon Parfum Chéri peut rappeller à coup sûr les grands chyprés d'époque,  (notamment avec cette prune que l'on retrouvait dans Femme de Rochas), il me semble d'ailleurs qu'un internaute a parlé d'un "parfum de garce" sur auparfum, et c'est une image qui me parle. 

jeudi 1 septembre 2011

Modalités d'inscription pour la soirée des lecteurs du 14 septembre.

Chers lecteurs, 

Si vous souhaitez participer à notre deuxième soirée des lecteurs le 14 septembre prochain, sur le thème des parfums Vintage, vous pouvez dès maintenant envoyer un mail à l'adresse suivante:
constance.deroubaix@clarinsgroup.net , pour vous inscrire. 

Les 40 premières personnes, des 4 blogs confondus (Olfactorum, Ambre gris, Poivre bleu et My blue Hour), à envoyer un mail  seront donc inscrites pour participer à cette soirée, de 19h à 22h30, dans les locaux des Ateliers Mugler, avenue de l'Opéra. Vous y découvrirez de grands classiques dans leur formulation d'époque, et Monique Rémy, nous fera l'honneur de sa présence pour nous faire sentir de belles matières premières et pour répondre à toutes vos questions sur ce thème. 

Nous vous informerons bien sûr de la clôture des inscriptions, et un mail sera envoyé aux participants pour préciser le déroulement de la soirée. 

Dans l'attente de partager ce moment avec vous, "à vos mails, prêt, partez"!


mardi 30 août 2011

Petit tour d'horizon des nouveautés parfum

Comme chaque année, la fin des vacances nous offre son lot de nouveautés parfumées, histoire de se consoler des beaux jours qui s'achèvent . De nombreuses marques mainstream  font donc leur rentrée, et c'est l'occasion d'une petite revue olfactive.

Maddly, de Kenzo, sur papier, avait tout pour me plaire:   fleur d'oranger, héliotropine, vanille, cèdre... la lecture de la pyramide olfactive m'avait mis l'eau à la bouche. Malheureusement,  sur peau,  c'est une autre histoire. Certes il y a bien cette texture poudrée, un peu cosmétique (dûe à la présence de rose, d'héliotropine, et de vanille), qui rend le parfum assez séduisant,  avec des notes de tête hespéridées et fraîches, qui apportent un peu d'équilibre à la composition, mais.... très rapidement le parfum s'essouffle, à tel point que j'ai du mal à distinguer les différentes notes, tant il se mue en quelque chose de terne et de sourd. J'ai d'abord pensé que c'était ma peau qui l'étouffait, mais il semble que sur touche ce soit pareil. Très peu diffusif, et mis à part sa texture poudrée, ses notes florales, et un fond plus vanillé boisé-musqué, Madly de Kenzo reste discret au point qu'il est difficile de lui trouver un quelconque caractère. C'est dommage, les premières effluves de la composition ainsi que les notes annoncées laissaient rêveur....






Candy de Prada: Le registre sucré et gourmand chez Prada avait de quoi en surprendre plus d'un.... L'élégance classique et discrète de la marque cède ici la place à des notes gustatives, dans la mouvance actuelle, ce qui pouvait laisser craindre le pire. Heureusement, la gourmandise est traitée avec une relative finesse, dans l'esprit de la marque.  Nous ne sommes pas dans le caramel lourd et praliné auquel on aurait ajouté, comme dans de nombreux parfums gourmands qui ont suivi Angel, du patchouli et des notes fruitées. Non ici il s'agirait plutôt d'une odeur de caramel brûlé, sans autres notes sucrées pour l'alourdir sinon la sensualité des baumes. Résultat, même si le caramel et les bonbons ne sont pas ma tasse de thé, ces effluves caramélisées brûlées, un peu poudrées (présence d'héliotropine et d'iris), vanillées et baumées, restent plaisantes, dans le genre. L'éthyl maltol, qui domine la composition d'un bout à l'autre, gagne à être associé au benjoin, qui vient  lui apporter un peu d'élégance, mais aussi de la sensualité, là où de nombreuses notes fruitées réussissent d'habitude à le rendre écoeurant. Ethylmaltol, benjoin, mais aussi héliotropine, vanille, vaniline, baume du tolu et muscs, autant de notes qui font de cette gourmandise une réussite dans ce registre, preuve que chez Prada, la sucrerie peut avoir son charme, (même si ce n'est pas mon univers préféré),  sans tomber dans l'ultracalorifique à vous rendre malade.

  
L'homme libre, d'YSL:  avec son dyhydromercenol (DHmol) omniprésent, il fait partie des cancres de la rentrée. Pas d'évolution particulièrement intéressante, rien de nouveau sous le soleil, juste l'envie de passer son chemin. 

Le Dahlia Noir: joli nom pour cette nouveauté qui change des titres à rallonge  et des déclinaisons à n'en plus finir du style  "Very very irresistible summer fuit fresh"  que l'on retrouvait dernièrement chez Givenchy. Comme Méchant Loup, je suis partagée concernant ce parfum; je lui ai trouvé un effet un peu rétro, un peu chypré loin des néo chypres  que l'on retrouve partout. D'un autre côté, l'accord rose patchouli , omniprésent dernièrement en parfumerie, est ici, une fois de plus, repris.  Et surtout, on sent en fond cet effet bois ambré très montant, qui donne cette tournure  un peu chimique à la composition, assez décevante. Ensuite, il faut lui reconnaître  que cet aspect poudré que l'on sent poindre dès les notes de tête,  a son charme,  et que le parfum se distingue un peu de ces fragrances aux notes rose-patchouli-pêche que l'on sent partout, mais son fond très ambroxan agresse un peu et donne une sensation chimique peu agréable.

A très bientôt pour vous donner les consignes d'inscription concernant la soirée du 14 septembre!




lundi 15 août 2011

Save the date!

Chers lecteurs,

En novembre dernier nous nous étions réunis, au sein des locaux des Ateliers Mugler, (grâce à leur très aimable participation), le temps d'une soirée sur le thème des grands accords de la parfumerie, chacun illustré par un parfum emblématique "coup de coeur" de nous tous. 

Nous avions évoqué la possibilité d'un autre évènement, et chose promise, chose dûe, nous vous proposons à nouveau de nous réunir le temps d'une soirée le 14 septembre, au même endroit, avenue de l'Opéra. Cette fois ci le thème sera celui des parfums "vintage" et de leur reformulations. Thierry, (Méchant Loup), Juliette (Poivre bleu), Sixtine (Ambre gris) et moi même animerons la soirée autour de grands parfums que nous vous présenterons dans leur version vintage, et nous discuterons ensuite de leur évolution/reformulation  dans le temps. Pour votre plus grand plaisir, vous aurez aussi l'occasion de rencontrer au cour de la soirée une personnalité importante de la parfumerie.

Comme la dernière fois, un traiteur sera là pour régaler nos papilles, et nous pourrons compter sur la participation de Constance et Aurélie des Ateliers Mugler pour animer la soirée avec nous, ainsi que celle de Fabienne Antoniewski, journaliste spécialisée dans le domaine des parfums. 

En attendant de nous retrouver à la rentrée pour cette soirée, nous vous indiquerons la marche à suivre pour les inscriptions lors d'un prochain post le 1er septembre. 


lundi 4 juillet 2011

Batucada: l'Artisan Parfumeur visite le Brésil.

C'est avec plaisir que je reprends ici la plume, suite à une période d'inactivité: manque d'inspiration (oui, comme vous l'aurez peut-être constaté par vous-même, les derniers mois, entre l'Air de Nina Ricci,  Jimmi Choo et autres splendeurs de la parfumerie moderne, l'actualité ne s'est pas beaucoup prêtée aux coups de coeur), problèmes sur blogspot, manque de temps.... autant de raisons qui m'avaient momentanément fait délaisser mon blog.  

Heureusement, l'inspiration est revenue, notamment grâce au dernier-né de l'Artisan Parfumeur, Batucada, une eau de toilette soufflant le chaud et le frais, en hommage au Brésil. Composée par deux nez, français et brésilien, Karine Vinchon Spehner, (à qui l'on doit le Coeur de Vétiver Sacré, sorti l'an dernier) et Elisabeth Maier, cette eau de toilette évoque aussi bien les fameuses caïpirinhas, que les odeurs de peau ensoleillées, sur fond baumé de sensualité latine. 

Dédiée à cette danse sensuelle, la Batucada, qui signifie "les battements du coeur", cette nouvelle eau de toilette s'ouvre sur des notes hespéridées de citron vert (limette), mariées à de la menthe crépue, mais aussi à de la lie de vin, pour évoquer l'odeur de la caïpirinha, (un de mes cocktails favoris, au passage). Cette sensation très réaliste est assez saisissante ici, tandis que le davana vient ajouter un effet légèrement fruité, qui ajoute à l'aspect rafraïchissant des notes de tête. 

Mais Batucada n'est pas seulement un parfum frais, puisqu' il va dévoiler en coeur le côté charnel et ensoleillé des fleurs blanches, avec un ylang-ylang très présent, dont on a déployé l'effet solaire avec  des notes salicylées, mais aussi un accord fleur de tiaré. Comme l'ylang -ylang développe parfois des effluves un peu "banane", (comme dans Vanille Galante d'Hermès par exemple), je me demande si ce n'est pas le cas ici, et si l'on aurait pas ajouté un peu d'acetate de benzyl à la composition, à moins que ce ne soit la combinaison avec le davana qui donne cette sensation. 

Sans tomber véritablement dans l'effet opulent des fleurs blanches, le parfum prend à ce stade une tournure "peau chauffée au soleil", évoquant un peu les effluves de crèmes solaires dont on s'enduit l'été sur la plage. Des aldehydes C 18, (note coco), viennent ajouter à l'effet exotique de la composition, et une légère note calone apporte un côté iodé et aquatique, heureusement assez discret. 

Batucada s'achève sur un fond plus chaud, boisé et baumé, où le benjoin se mêle au santal d'Australie, au patchouli et au vétiver. Il est intéressant de noter ici qu'il s'agit d'un vétiver du Brésil, assez rare, puisqu'on utilise plutôt généralement du vétiver de Haïti, de Madagascar ou de Java. Le vétiver du Brésil est assez fumé en comparaison des variétés de Haïti ou Madagascar, mais moins que celui de Java. Quant au patchouli, il s'agit ici d'une fraction de patchouli, gommant ainsi l'aspect un peu camphré du patchouli au profit de ses facettes  chocolatées et gourmandes, qui se marie ainsi parfaitement bien aux notes de fond baumées, chaleureuses et sensuelles. 

C'est donc une composition originale que nous propose encore une fois l'Artisan Parfumeur, atypique et poétique,  même si pour ma part, je lui aurais préféré un peu plus de sillage. 


Disponible à partir du mois d'octobre dans les boutiques de l'Artisan Parfumeur. 







lundi 2 mai 2011

Fiftie's mood: petit tour olfactif des années 50...

Il y a deux semaines j'ai été invitée à un évènement au Palais de Tokyo, intitulé Le Menu de Cannes, organisé en partenariat avec Electrolux, dont le but était de départager deux équipes qui s'affrontaient dans le but d'organiser un dîner pour les membres du Jury durant le prochain Festival de Cannes. Deux équipes composées d'un chef cuisinier, d'un styliste et designer préparaient un dîner idéal, aussi bien en terme d'ambiance que de cuisine, sur le thème des années 50. 


Pour ce faire, le designer décorait le lieu, le cuisinier nous préparait les meilleurs plats raffinés pour régaler nos papilles, et une styliste nous habillait en "fifties'girls", tenues que l'on avait la chance de pouvoir garder après l'évènement. Voici quelques images de la très agréable journée que nous avons passé au Palais de Tokyo:






Vous me direz, ok, mais quel est le lien avec le parfum? En effet, au prime abord, aucun. Mais de voir tous les invités déguisés en fifties girls and boys, m'a permis d'imaginer ce qu'il aurait fallu pour compléter jusqu'au bout la tenue, un accessoire indispensable ... le parfum. Et oui, qu'aurions nous dû tous et toutes porter si l'on avait voulu être complètement raccord avec le thème? Quels sont les parfums emblématiques des années 50? 

Période de renouveau après-guerre, les années 50 voient la parfumerie se démocratiser, mais aussi l'émergence de la parfumerie américaine. Les fragrances spécialement dédiées aux hommes se développent, bref cet univers se renouvelle.

Comme parfums typiques de cette époque, on retrouve des grands floraux,  comme par exemple Diorissimo ou L'air du temps. Ce dernier a été créé à l'aube des années 50, en 1948,et est considéré aujourd'hui comme un des grands intemporels qui ont marqué le XXème siècle. Parfum joyeux né dans une période de renouveau, il inspirera de nombreuses autres créations, qui en garderont cette trame fleurie épicée qui le caractérise. Avec un oeillet très présent, L'air du temps revisite le genre de la fragrance fleurie, avec ses notes de rose et de jasmin sur un fond à la fois boisé et musqué. Classique, élégant, féminin, indémodable.

Autre grand fleuri, Diorissimo, un des premiers parfums célèbres à se concentrer autour du muguet, note enfin reproduite de manière réaliste et stylisée par Edmond Roudnistka, puisqu'on ne peut extraire l'odeur de cette fleur à l'état naturel. Doté d'un sillage très aérien, ce parfum de 1956 offre une composition joyeuse, en hommage à la fleur porte bonheur de Christian Dior, toute de notes vertes et fleuries, à la fois naturelles et synthétiques, (hydroxycitronnellal, alcool phényléthilique, jasmin, ylang-ylang...), en rupture avec un style de créations  que le créateur, trouvait déja, à l'époque, trop synthétiques et sucrées.

D'autres grands classiques floraux de la parfumerie marqueront les années 50 tels que l'Interdit de Givenchy, par exemple, (dans un style floral aldehydé assez classique), mais aussi beaucoup plus opulents, comme le beau Fracas, de Piguet. Composée par Germaine Cellier, qui avait coutume de proposer des parfums sans compromis, overdosés d'une matière, cette fragrance est une superbe tubéreuse, crémeuse à souhait, dont on a ici exploré les facettes solaires et lascives, en la parant d'une fleur d'oranger assez présente et d'un aspect un peu "coco" (aldehyde C18). Créé en 1948,  Fracas connaîtra un beau succès, notamment outre Atlantique, où les américaines raffolent de la tubéreuse, (paradoxalement aux fragrances propres et fraîches qu'elles aiment d'ordinaire adopter). On raconte d'ailleurs que c'était le parfum de Marilyn Monroe, lorsqu'elle ne s'endormait pas avec quelques gouttes du célèbre N°5 de Chanel.

Parlons justement des Etats-Unis, puisqu'ils participent activement au paysage olfactif de cette décennie. C'est l'époque où Estée Lauder se faît connaître, une des premières maisons de parfum américaines. Loin des odeurs aseptisées qui ont tendance à plaire là-bas, elle  lance, en 1952,  Youth Dew, (dans la veine de Tabu de Dana) et qui inspirera, plus tard, Opium, d'Yves Saint Laurent. Cet oriental met en scène le patchouli, autour de notes florales et épicées (oeillet, clou de girfle, rose, ylang-ylang). Puissant, sensuel, imposant, Youth Dew est d'abord commercialisé sous la forme d'une huile de bain, dont le succès est tel qu'Estée Lauder  en proposera rapidement une eau de toilette.


Les années 50 sont aussi celles de la remise au goût du jour de grands chyprés tels que le très connu Miss Dior ou encore, plus tard, de Cabochard (Grès). Miss Dior est légèrement antérieur, puisque ce grand classique de la marque vît le jour en 1947, et correspond au goût de Monsieur Dior pour la famille des chyprés. A la fois verte (galbanum, jacinthe) et fleurie (rose, jasmin, gardénia), cette création se caractérise par des notes épicées mais surtout par un fond chypré (patchouli, mousse de chène), légèrement cuiré. Un parfum culte, qui fît la renommée de Dior au moment où son style New Look le propulsait sur le devant de la scène couture. Impossible d'oublier, à cette époque, Femme de Rochas, qui, s'il a été créé en 1944, fût aussi beaucoup porté à cette époque, et qui est, même si je ne pas une adepte du genre, mon chypré préféré, (c'est notamment pour ça que j'y reviendrai, plus tard,  dans un post spécialement dédié).

Et les hommes? En effet, les années 50 représentent l'avènement de la parfumerie masculine avec le début d'eaux de toilettes spécialement dédiées aux hommes.  On retrouve beaucoup de colognes, telles que L'Eau d'Hermès par exemple,  ou des choses fraîches et hespéridées telles que Pour Monsieur de Chanel. Mais cette décennie, c'est aussi des créations avec plus de corps, boisées telles que le Vétiver de Guerlain, composé par Jean-Paul Guerlain en 1959. Cette création, désormais grand classique de la marque, met en valeur la facette un peu "pamplemousse" du vétiver avec des notes agrumes en tête, puis une évolution plus boisée-épicée,  avec le vétiver,le  tabac, le santal, mais aussi la fameuse fève tonka chère à la guerlinade.

Voici un donc un tableau olfactif de cette période et qui donne une idée de l'ambiance parfumée qui aurait pu régner, ce samedi 16 avril dernier, au Palais de Tokyo, si nous avions été télétransportés dans les années 1950.





lundi 11 avril 2011

1697: un parfum nommé Désir

C'est peu dire que j'attendais impatiemment la sortie du dernier parfum Frapin depuis six mois. En effet, l'ayant senti à deux reprises, en juillet, puis en décembre dernier, j'avais eu une sorte d'énorme coup de coeur pour cette nouveauté. Pourtant nous n'avions que peu de temps pour faire connaissance, à peine deux fois, furtivement, mais alors, quel souvenir m'avait laissé cet élixir liquoreux à souhait, nouveau venu dans la gamme des parfums distribués par Différentes Latitudes. 

Si l'on excepte ce changement de concentration, intervenu entre temps, (comme je l'ai lu sur grain de musc et c'est en effet ce que m'avait annoncé l'équipe de DL), de 12 à 14%, qui modifie légèrement la fragrance en ce qu'elle me semble moins ample dans son déroulement des notes, désormais plus abrupte et compacte, mon plaisir reste entier à enfin pouvoir me l'approprier maintenant qu'elle est officiellement sortie.


Dans un esprit de cohérence totale avec l'univers de la fameuse marque de cognac, les notes de tête de 1697 donnent d'emblée le ton de la composition: liquoreux. De l'absolue de rhum, mais aussi le davana cher au créateur Bertrand Duchaufour, font de l'ouverture de ce parfum une sensation de rhum arrangé semblable à celle dont il avait déja paré Havana Vanille, mais cette fois, on serait plutôt ici dans un rhum arrangé au pruneau. On perçoit tout de suite la texture très veloutée que va garder le parfum tout au long de son évolution, dans un décor sombre teinté de couleurs pourpres et ambrées. 


Tandis que se déploie un coeur plus floral, (ylang-ylang, jasmin), apparaît  également  une rose sombre, qui s'accorde à merveille avec les notes épicées de cannelle et de clou de girofle du parfum, tissant et étirant l'univers licencieux du parfum.  Comme celui-ci est assez facetté, il développe également un aspect cuiré en fond (isbutylquinoléine?), que vient arrondir la vanille, probablement en absolu, du moins il ne s'agit pas ici d'une vaniline aux accents vanillés sucrés. 1697 est aussi un parfum délicieusement ambré, en raison de la forte présence, en fond, du ciste labdanum et de la fève tonka. Il me semble aussi y déceler du cèdre, assurant la continuité du fil épicé et liquoreux des notes de tête et de coeur, et du patchouli, qui est sans doute à l'origine de cette texture très veloutée, avec un effet presque cacao-van houten, de la fragrance. Il va sans dire ici que les notes de fond sont particulièrement addictives et chaleureuses. 

Si la sensation très alcoolisée en tête, très vineuse, accentuée par la nouvelle concentration et qui perdure tout au long de la composition n'est pas l'aspect que je préfère dans 1697, je raffole de ces multiples facettes s'emmêlant les unes aux autres, entre liqueurs,épices, fleurs, ambre et cuir. Le tout donne une sensation très sensuelle, charnelle, totalement en accord avec le nom de la fragrance choisie initialement: Les Ailes du désir, avant que des problèmes juridiques (liés au film éponyme de Wim Wenders) viennent en imposer un autre, 1697 (année de l'anoblissement de la famille Frapin par Louis XIV). 


J'avoue que je souhaitais parler bien plus tôt de ce beau 1697, sorti en édition limitée et numérotée, mais le temps m'a manqué, ce qui est dommage puisque les flacons ont dû tous être vendus depuis, mais on peut peut-être espérer une plus large diffusion?