mardi 26 janvier 2010

Bois des Iles, de la Collection dess Exclusifs de Chanel.

 Cela fait un petit moment que ce parfum, créé en 1926 par Ernest Beaux, me faisait de l'oeil. Quand j'ai enfin pu le découvrir, sa beauté m'a beaucoup émue, mais sa complexité me le rendait difficile à décrire. Tout au plus, je parvenais à évoquer  quelque chose d'un peu gourmand,  mais tout en finesse, une sorte de mélange de pain d'épices et de notes fruitées, qu'on aurait associés à l'élégance caractéristique des parfums Chanel.

Après plusieurs essais,  je commence à mieux en saisir les différentes notes, dont notamment  un départ emprunt de bergamote, mêlée à des aldéhydes, et un petit aspect plus rond, sans doute le néroli qui  figure,  d'après la composition, dans les notes de tête. Peu à peu des notes fleuries percent cette entrée en matière, et j'y perçois clairement du jasmin et de l'iris, avec, semble-t-il un soupçon de rose. Il semble en fait que le coeur comprenne également de l'ylang-ylang, manifestement plus en sourdine sur ma peau, et de la pêche, d'où cette impression fruitée que je ne parvenais pas à  décrire. On note aussi de la coriandre, qui doit contribuer à cette sensation épicée, qui reste pourtant très douce au fil de l'évolution du parfum.

Bois des Iles s'épanouit peu à peu sur un fond de santal, qui me semble dominer en quelque sorte la composition du parfum, aux côtés du vétiver, qui accentue cet effet boisé. Le benjoin, la vanille et la fève tonka viennent réchauffer et arrondir le tout, sans oublier le musc qui s'étire longtemps sur la peau.

Cet exclusif de la Maison Chanel donne une sensation complexe de douceur, d'épices et  de sensualité  classe et raffinée. Je lui trouve tantôt des aspects gustatifs, (mais sans lourdeur) que j'ai du mal à m'expliquer, tantôt une véritable facette boisée, tantôt une facette exotique, sans doute en raison des épices. Il est  en tout cas très suave, d'une évidente beauté, et sa texture est des plus agréables à porter. 

En revanche, sur peau, je trouve qu'en eau de toilette, il manque de tenue, car je n'ai pas eu la sensation de laisser un sillage particulier, bien que mes vêtements embaument toujours son odeur délicate quelques jours plus tard. Aussi faudrait-il que je teste à nouveau sa version extrait de parfum, à laquelle je n'avais pu donner le temps et l'attention qu'une si belle création requiert, le souvenir que j'en ai étant une sensation d'extrême douceur, et d'une texture plus veloutée.


mardi 12 janvier 2010

Nouveauté parfum: Tonka impériale de Guerlain sort en février !


Autant la collection des élixirs charnels de Guerlain me laisse perplexe, autant celle de L'art et la matière me séduit assez dans son ensemble. Et ce n'est pas le prochain volet de cette collection qui viendra démentir ces propos...




Délicieux et addictif sont les mots qui me viennent à l'esprit quand je respire mon poignet. Lascif, doux et sexy également. Mais ce parfum réussit ici à éviter l'écueil de la gourmandise trop sucrée à laquelle on pourrait s'attendre du fait que la fêve tonka, d'une part, est un aliment utilisé en cuisine, mais aussi une matière première qui permet d'arrondir de nombreux parfums.



Elément incontournable de la guerlinade, la fève tonka semblait donc toute désignée pour venir parfaire cette collection tournée autour des matières premières. Outre la sensation chaleureuse, enveloppante et sensuelle que ce parfum dégage, il devient d'autant plus beau lorsque l'on étudie un peu les différentes facettes que peut revêtir la fêve tonka.



En effet, la fêve tonka provient de la graine d'un arbre d'Amérique du sud, composée de coumarine, qui lui offre ce côté poudré, amandé. Cet aspect qu'elle dégage à maturité s'ajoute à deux autres facettes, vanille et foin. Mais elle peut aussi se faire tour à tour cuirée, grillée ou caramélisée, comme l'explique Méchant Loup. Ici Tonka impériale dépasse le côté gustatif de cette matière première en déroulant ces différentes facettes au cours de son évolution.



Le côté un peu foin de la fêve tonka, qui fait qu'on l'utilise dans certains parfums « fougères », est mis en valeur par des notes de têtes arômatiques, un peu herbacées. Cette « fraîcheur » permet ici d'éviter l'overdose de sucre. Dès le départ on sent cet aspect cohabiter avec les notes plus rondes du parfum, plus baumées. Ces dernières, qui s'imposent de plus en plus en coeur du parfum, puis en fond, sont justement celles qui permettent un rapprochement avec l'Heure Bleue, comme le fait Denyse Baulieu sur son blog. Mais cette entrée un peu arômatique qui s'épanouit doucement sur des notes plus rondes peut aussi évoquer Jicky, pour son côté frais « lavande » et son fond un peu vanillé qui annonçait les prémices de Shalimar.



La fragrance se réchauffe de plus en plus, et l'on a envie de s'y lover. La facette poudrée, vanillée et amandée de la fêve tonka s'impose au fur et à mesure de l'évolution du parfum. Une sensation douillette, sensuelle s'en dégage. Quant au fond, il dévoile peu à peu l'effet un peu plus sucré, gourmand, de la fève tonka, mais sans lourdeur aucune. Sur certaines peaux il doit sans doute se faire plus cuiré, grillé, mais sur la mienne il semble plutôt caramélisé. Mais sa beauté réside en partie dans le fait qu'il ne devient, jamais, pour autant, écoeurant.



Pour conclure, j'ai peu de doutes quant au succès de ce parfum, puisqu'en en portant juste quelques gouttes aux points de pulsation, il m'a déjà valu quelques compliments. J'attends donc avec impatience le mois de février, date de sa sortie, pour enrichir ma collection et alléger mon porte monnaie.

(PS: encore merci à méchant loup pour la découverte de ce parfum)

lundi 4 janvier 2010

Un an d'écriture parfumée...

Voici un an maintenant que ma passion pour les parfums nourrit ce blog. En effet passionnée de parfums à l'adolescence, je m'en étais un peu éloignée au cours de ces dernières années. Mais l'on revient souvent à ces premières amours, et c'est ainsi que je suis retombée dans ma passion avec encore plus d'appétit.

Durant cette année, beaucoup de découvertes parfumées, des parfums de Serge Lutens aux exclusifs de Chanel, en passant par les éditions de Frédéric Malle ou les créations de Véro profumo. Quelques coups de coeur, Attrape-coeur, Songes, L'âme soeur, Musc ravageur et j'en passe.... Et un parfum qui est venu rejoindre mes chouchous, (L'heure bleue, Habanita ou Allure sensuelle), et qui m'est devenu tout aussi indispensable, Chamade en extrait.

De belles rencontres et de belles lectures, qu'il s'agisse d'auparfum.com, de graindemusc, d'olfactorum, de poivrebleu, de 1000 fragrances ou d'espritdeparfum pour ne citer qu'eux. Des échanges enrichissants sur un forum d'accro aux parfums, beaute-test.

Cette nouvelle année 2010 sera, je l'espère, aussi riche et dense en découvertes parfumées, comme le laissent déja présager les Heures du parfum de Cartier ou Tonka Impériale de Guerlain. J'ai malheureusment moins eu le temps d'écrire ces derniers temps, mais ce n'est pas pourtant pas le manque d'idées et d'envies qui fourmillent dans ma tête.

Je vous souhaite donc une bonne et heureuse année à tous en concluant sur mon top ten, un an après avoir commencé ce blog.

1. L'heure bleue
2. Habanita
3. Chamade
4. L'âme soeur
5. Musc ravageur
6. Allure sensuelle
7. Attrape coeur
8. Songes
9. Cuir béluga
10. Louve






vendredi 25 décembre 2009

Une dernière eau de minuit pour Noël?



Les amateurs de l'eau de minuit de Lolita Lempicka ont intérêt à faire des stocks! Qu'ils aient adoré cette version nocturne pour son magnifique flacon ou pour les facettes plus chaudes et gourmandes de ce flanker, c'est malheureusement la dernière fois qu'ils pourront en profiter!


En effet, pour achever cette collection en beauté, la marque éponyme nous propose de retrouver cette version renforcée dans ses notes sombres, dans un nouveau flacon tout de rouge vêtu. Comme à chaque nouvelle édition pour les fêtes de fin d'année depuis 2004, le flacon est réinventé, mais c'est toujours le même élixir « de minuit » dont on se délecte, une fragrance qui met l'accent sur les notes de fond du parfum star.



Plus intense, plus sensuelle, plus charnelle, elle se pare à nouveau de myrrhe en tête, d'iris concrète, de jasmin et de réglisse en coeur, pour s'alanguir sur un lit enrichi en fêve tonka, benjoin et vanille. L'aspect fleuri de la version originale, où prédomine la violette, s'est effacé pour laisser place aux muscs blancs et aux notes plus voluptueuses de ce parfum. L'univers féérique, magique, du premier Lolita Lempicka est donc affirmé, comme pour se mettre au diapason des nuits d'hiver.


La raison de cet arrêt? Lolita Lempicka aurait décidé de se consacrer à un nouveau projet dès l'an prochain. Les variations autour de leur premier parfum ne vont pas s'arrêter là, mais la marque préfère innover à partir de Noël 2010 avec des coffrets « collection lolita », qui mettront plus en valeur la facette « réglisse » de cette fragrance, qui ne quitte d'ailleurs plus le top des ventes de parfums féminins depuis plusieurs années consécutives.

lundi 14 décembre 2009

Cuir Béluga, de l'Art et la matière...



Avant de pouvoir évoquer le prochain et très attendu Tonka impériale, j'ai eu envie de revenir sur un autre "chapitre" de la collection de l'Art et la Matière, Cuir Béluga, composé par Olivier Polge en 2005.

Je n'ai découvert ce parfum qu'au mois de janvier dernier, et s'il m'avait assez plu, à l'époque j'essayais encore d'être sérieuse et de ne pas craquer sur chaque nouvelle fragrance qui me séduisait. (Et puis il faut reconnaître que son prix donne envie d'être raisonnable). Les bonnes résolutions passant au fil des mois, nous voici en hiver, saison qui se prête à merveille à la (re)découverte de Cuir Béluga.

En effet, je ne change pas forcément de parfum à chaque saison, mais pour le coup Cuir Béluga me paraît plus que jamais adapté au froid hivernal, de par son côté réconfortant, chaleureux, voire douillet. Il n'en reste pas moins très élégant, tout en alliant originalité et sensualité.

La facette cuir est ici très douce, on la comparerait plus, comme je l'ai souvent lu, à du daim. Cet effet "cuir blanc" est d'abord introduit par une bouffée d'aldéhydes associées à de l'immortelle, fleur qui donne d'emblée ce caractère chaud et rond au parfum. Curieusement, Cuir Béluga s'installe très doucement sur ma peau, car malgré la note épicée d'immortelle, les premières minutes sont presques inexistantes sur ma peau. Si je perçois les aldehydes, ce n'est que très légèrement car elles ne s'apparentent pas à l'idée qu'on s'en fait en sentant le N°5 de Chanel par exemple. Sur ma peau il il s'agirait plutôt d'une sensation de transparence fugace. Le parfum s'impose vraiment lorsque commence à poindre la mandarine, toujours en tête. Cette note contribue d'ailleurs probablement à apporter une facette claire et féminine à ce "cuir".

Ce parfum se réchauffe de plus en plus, au fur et à mesure que se développe la note "cuir", soutenue par de l'héliotrope, qui lui donne ainsi un côté poudré, propre à de nombreux Guerlain, et amandé. On doit également à ce composant toute la douceur et la féminité de ce cuir, cet aspect réconfortant presque doudou. Cette facette est accentuée par la forte présence de la vanille en note de fond, accompagnée ici d'ambre. Ces dernières notes apportent chaleur et sensualité au parfum, tandis que mêlées à la note cuir, elle se teintent d'une élégance indéniable.



Le tout donne un parfum chaud, enveloppant et sexy, qu'on marierait bien avec un gros pull en mohair pour se consoler des froides soirées d'hiver. Cet accord principal cuir-vanille permet de contre balancer la forte présence de cette dernière et de ne pas tomber dans l'excès de sucre. Bon bien sûr, si on déteste la vanille, mieux vaut passer son chemin. Quant à l'aspect cuir du parfum, ici plutôt "veste en peau", il provient d'une note de synthèse dénommée "sudéral" et non des constituants habituellement utilisés (bois de bouleau, etc..) mais je vous laisse le soin d'en lire plus à ce sujet sur l'article de Sylvaine Delacourte qui vous en parlera mieux que moi.

Je trouve que Cuir Béluga s'inscrit assez bien dans la tradition de la maison Guerlain, à la fois pour ses notes de fond ambrées-vanillées, orientales, typiques de cette maison, mais aussi pour sa facette cuir, que l'on retrouve dans d'autres parfums, notamment dans Shalimar (à l'origine en tout cas) et dans Habit Rouge.

Enfin, pour finir sur ce parfum, j'ai noté des différences de perception lorsque je le portais. J'ignore si cela est commun à tout le monde ou s'il s'agit ici d'une question de peau. Moi-même, je ne le ressens pas systématiquement de la même manière, parfois les premières minutes sont à peine perceptibles et le parfum s'intensifie de plus en plus, à d'autres moments les notes de tête sont d'emblée chaudes et présentes. De même, mon entourage semble le percevoir différemment selon les jours. La ou les mêmes personnes me diront un jour..."humm, ouais c'est original mais bon..." quand le lendemain ils me diront qu'ils adorent... Et vous?




dimanche 29 novembre 2009

L'univers d'Hors Là Monde...

Rencontre au café de Flore avec la fondatrice de la marque Hors Là Monde, Symine Salimpour, dont les parfums et les bijoux se veulent l'expression d’un ailleurs où temps et différences s’arrêtent.


Hors Là Monde propose actuellement deux parfums, Shiloh et Lady Shiloh, (aux influences orientales chères à leur créatrice), que l'on peut actuellement découvrir aux Galeries Lafayette Boulevard Haussman. C'est ainsi que j'avais rencontré Symine cet été, et j'avais été séduite par sa démarche, celle d’exprimer un univers par la création de parfums. Cette volonté, qui passe également par celle d'être une jeune chef d'entreprise française qui gére seule tous les aspects propres à cette profession, m’a intrigué et donné l’envie d’en savoir plus sur son parcours, ses inspirations, son avenir. C’est ainsi qu’est née l’idée de cette interview, le temps d’un échange passionnant autour d’un petit déjeuner à Saint Germain.


Symine, d’où vient votre passion pour les parfums?

C’est comme si elle avait toujours existé puisqu’elle remonte à l’enfance en fait. Les odeurs, les senteurs m’ont toujours touchée. Dès l’adolescence je me suis tournée vers des parfums assez «femme » tels que La Nuit de Paco Rabanne, Knowing d’Estée Lauder ou encore Paloma Picasso. Pour moi, le parfum est vite devenu un élément réconfortant, comme quelque chose qui permettrait d’exprimer, de déterminer un univers.

Oui , cela rejoint un commentaire de Denyse Beaulieu, sur son blog, Grain de musc, remarquant qu’on reconnaît souvent les perfumistas au fait qu’ils se tournent très tôt vers de grandes références, des parfums qu’on considère à priori comme étant d’un autre âge, et je constate qu’en effet cela se vérifie. Et depuis la naissance de cette passion, quel a été votre parcours , l'évolution qui vous a amenée à lancer votre marque aujourd’hui?


D’origine niçoise, je suis montée à Paris lors de ma maîtrise de Droit que j’ai passée à la Sorbonne, avant d’enchainer sur l’école du Barreau. Une fois mon titre d’avocat en poche, je me suis sentie trop jeune et inexpérimentée pour me lancer dans le métier d’office. En effet, être avocat suppose avant tout de comprendre ses clients, d’être assez armé pour savoir les défendre. Or j’avais encore soif d’apprendre et de vivre avant de me sentir assez mûre et responsable pour exercer.

J’ai donc décidé de me confronter à la vie en voyageant durant quelques années. A mon retour, j’ai eu envie d’exprimer quelque chose qui tiendrait à la fois de l’élégance de la culture française, et de la chaleur que l’on peut trouver au Moyen Orient.


Cette idée m’a vraiment saisie, lorsqu’en retournant dans le sud de la France, j’ai découvert ce lieu magique qu’est Orlamonde, situé entre Nice et Monaco, sur une falaise qui surplombe la mer et qui semble dominer le monde. On pourrait presque y voir que la Terre est ronde. Le temps s’y arrête. Et cette sensation apaisante qui est ma source d’inspiration. Hors Là Monde est donc né de cette envie d’évoquer cet ailleurs, comme l’a d'ailleurs fait, entre autres, Baudelaire (N’importe où hors de ce monde »). C’est comme une sorte d’hommage à ce lieu que de lui donner une nouvelle âme.


D’où la nécessité d’imaginer un symbole, un logo qui soit pertinent afin d’exprimer cette sensation. C’est ainsi que m’est venue l’idée d’une boussole, certes particulièrement significative pour moi qui suis une adepte de sport en mer, mais qui reste avant tout un objet dans lequel chacun peut se retrouver, quelque soit son sexe, son origine ou son âge. Car une boussole permet de savoir où on est mais aussi où l’on va. Cela met l’accent sur la question de l’identité.

J’ai vu sur votre site qu’Hors Là Monde se consacre également aux bijoux. L'envie de créer des parfums vous est-elle venue ensuite?


Non, honnêtement c’était un ensemble, une envie d’exprimer un univers. Or, la création d’un parfum se prête à merveille au message que j’avais envie de faire passer.


A savoir, l’idée de conjuguer l’élégance française à la chaleur que j’ai trouvée au Moyen Orient lorsque j’y ai voyagé. C’était en quelque sorte le pari de tirer le meilleur de chaque influence, aussi bien française qu’orientale, de créer une passerelle entre les deux cultures.


Et ce lien peut s’exprimer à merveille dans un parfum, puisque ce dernier évolue sur la peau, des notes de tête à celles de fond, et qu'on y retrouve généralement plusieurs facettes. Un parfum peut vraiment permettre de dire quelque chose de soi, comme un prolongement de la personnalité en quelque sorte. Cette dualité que j'avais envie de transmettre à travers Shiloh se traduit ici par une ouverture fraiche en tête, (citron, bregamote, note herbacée), un coeur où s'impose la rose de Damas, entourée de cèdre et de notes boisées, autour d'un fond chaud et enveloppant, grâce au patchouli, au santal, à la mousse de chène, au musc et à la vanille.

Et pour évoquer cet univers, vous avez choisi Michel Roudnistka?

En effet, je me suis rendue à Grasse, la ville du parfum par excellence, où se trouvent des sociétés connues pour créer pour des grandes marques (Hermès, Dior) et c’est là que j’ai rencontré Monsieur Roudnistka. Se rendre à Grasse était l’assurance d’un engagement de qualité et d’un choix de belles matières premières.

Avez-vous délibérément choisi de créer d’abord un parfum masculin (Shiloh) et ensuite un féminin (Lady Shiloh) ou ont-ils plutôt vocation à être mixtes? Quelle était votre inspiration?

Il n’était pas question de masculin ni de féminin en fait. Comme je l’ai déjà dit, le but était d’évoquer un univers, de parler à l’instinct des gens, de retranscrire une atmosphère, un lieu, en dehors de toute considération du genre et du sexe, surtout pour le premier, qui peut être porté aussi bien par une femme que par un homme. La création d’un parfum était donc dénuée de toute étude marketing, puisque l’idée était avant tout d’exprimer quelque chose qui me tenait à cœur.


Le deuxième reste également mixte même s’il est un peu plus féminin, car il évoque avant tout la rencontre amoureuse, tout en se voulant également une réflexion sur le temps. Ici le sentiment qui domine la création de Lady Shiloh est celle que « le temps est une illusion », sentiment que l’on retrouve d’ailleurs dans Hors Là Monde. En effet, lorsqu’on est sincère avec soi-même, et avec les autres, et que la vie nous sépare des gens qu'on aime, les émotions, restent, elles, intactes. Et c’est ce qu’est voué à exprimer Lady Shiloh, ce sentiment que lorsqu’on aime quelqu’un, certaines choses comme l’odeur de la peau, précisément, persistent. C’est d’ailleurs bien toute la force du sens olfactif, puisqu’une odeur peut nous faire basculer d’un coup dans un univers, dans une foule de souvenirs.


C'est ce que je souhaitais exprimer à travers ce deuxième parfum. D’où le choix d’une fragrance peut-être plus délicate, moins opulente que le premier. Le fond reste sensuel et enveloppant (patchouli, musc blanc et vétiver) mais moins marqué, tandis que les notes de têtes (bergamote, mandarine) et de coeur (jasmin, violette) apportent plus ici une sensation de douceur et d'intimité.



Et, justement, quel est l’avenir d’Hors Là Monde en ce qui concerne les parfums? Songez-vous à composer un troisième parfum? Un véritable masculin pour le coup?

Un nouveau parfum, oui tout à fait, mais un masculin, non, bien que le nom puisse laisser présager du contraire. Ici, « Monsieur Shiloh » sera en fait un féminin. Pourquoi ce nom pour un parfum dédié aux femmes? Parce que lorsqu’on se fait belle, c’est souvent pour séduire Monsieur et c’est le message à l’origine de ce prochain parfum. La fragrance sera tournée ici autour de l’idée du désir, de la séduction, de conduire l’autre vers soi. C’est comme si le parfum disait « Monsieur, dis moi que je suis la plus belle ». Cette idée m’est venue entre autres d’un proverbe anglais qui dit «Beauty is in the eye of the beholder », (la beauté est dans l’œil de celui qui regarde).

Là où ce parfum fait le lien avec les deux premiers, c’est qu’il ne parle plus d’identité au sens large mais de l’idée d’assoir, d’affirmer son identité: comme s’il disait « dis moi ce que tu sens, je te dirai qui tu es ».

Merci Symine. Et, pour finir, où peut-on retrouver vos parfums?

Pour faire écho à l’univers d’Hors Là Monde, qui peut signifier "par delà les frontières" en un sens, les parfums sont distribués au niveau international, aussi bien en Europe qu’en Russie, qu’aux Etats-Unis, à New York, là où j’ai d’ailleurs vécu et à Los Angles. Ils seront, en outre, bientôt distribués aux Emirats Arabes.

Vous pouvez notamment retrouver Shiloh et Lady Shiloh (dont l'affiche trône d'ailleurs dans l'escalier du café de Flore) en France, à Paris, aux Galeries Lafayette.


Rendez-vous sur le site d'Hors Là Monde pour retrouver tout l'univers de Symine Salimpour.

jeudi 19 novembre 2009

Boucheron femme

Quelques remous dans ma vie professionnelle et personnelle, ces derniers temps, ne m'ont pas laissé le loisir d'écrire comme je l'aurais voulu. Heureusement, les choses semblent se tasser un peu et me voilà plus disponible pour des coups de coeur parfumés, et c'est peu dire qu'il y en a eu ces derniers jours, de Back to Black (By Killian) au Bal Musqué de Nez à Nez, entre autres.

Mais je voulais tout d'abord parler d'un parfum qui existe pourtant depuis plus de 20 ans maintenant mais sur lequel je ne m'étais jamais attardée à l'époque: Boucheron pour femme, le tout premier de la marque.



Il s'agit d'un beau floral oriental comme je les aime, très élégant, pétillant en notes de tête, sensuel en notes de fond, très féminin. Il dégage quelque chose d'ample, de noble et de voluptueux à la fois, dans la tradition des grands parfums classiques, mais tout en étant modernisé par une touche jeune, fraîche et fruitée qui fuse dès son ouverture.

C'est curieux car, d'ordinaire, je n'aime pas trop les notes fruitées dans un parfum. Mais le fait qu'elles soient présentes surtout en tête, mêlées ensuite à un beau bouquet de fleurs, pour s'alanguir enfin dans un lit plus sensuel, plus chaud, oriental, les rend tout à fait charmantes. J'ai d'abord cru déceler de l'osmanthus dès les premiers "pshitts" mais en fait il s'agirait plutôt d'une note abricot, (l'osmanthus évoque souvent ce fruit) conjuguée à la mandarine, à du galbanum et à de la bergamote. On peut y noter également la présence de basilic.

Ce départ se prolonge vite dans un coeur plus dense, riche en belles matières premières florales, qui lui donne cette facette femme, très élégante. Il me semble y percevoir de l'iris, qui lui donnerait cette facette noble et très légèrement poudrée. Mais ce lit de fleurs contribue également à en faire un parfum sensuel, grâce à cette brassée de fleurs blanches, jasmin, ylang ylang, tubéreuse, sans oublier le narcisse et la fleur d'oranger.

Le tout s'arrondit ensuite sur un fond chaud, oriental, composé de santal, d'ambre, de vanille et de fève tonka. L'impression générale en fait un parfum profond, enveloppant, parfaitement équilibré. On ne saurait, en outre, lui reprocher un manque de sillage ou de tenue. En revanche, je le préfère nettement en eau de parfum sur ma peau.

P. S: Juste un petit mot pour dire à tous les passionnés de parfum que je travaille actuellement sur le stand des parfums Memo, à côté de l'Artisan Parfumeur et de Différentes Latitudes. Je me ferais donc un plaisir de discuter avec vous si vous passez par là!